• Alénya, les belles années du vin

    En 1927, la déclaration de récolte de vin du territoire d'Alénya s'élève à 58500 hectolitres. C'est à dire l'importance de la viticulture à cette époque-là ! Les plus gros producteurs sont : Ecoiffier Frères, 10500 hectolitres, Gaston Roques, du Mas de la Roche, 7000 h, Malis Frères, 6450 h, Franck Haviland, du Mas Blan, 5500 h, Édouard Chichet, 4389 h, Charles Lafabrèque, 3800 h, Germain Armangau, 2850 h, Pierre Cavaillé, 2400 h. Une dizaine d'autres producteurs déclare entre 600 et 1500 h.

    L'importance des exploitations viticoles fait que de nombreux ouvriers y sont employés et qu'ils vont très tôt ressentir le besoin d'être syndiqués. En 1901 est crée le premier syndicat agricole, en même temps que Rivesaltes, Salses et Elne. Jusqu'au années 30, le territoire d'Alénya est à 90 % entre les mains de gros propriétaires qui possèdent leur propre cave. Il se trouve cependant que l'un d'entre eux, Édouard Chichet va inciter les petits vignerons d'Alénya à constituer une cave coopérative. En 1924, il offre le terrain et il souscrit 1000 parts sociales pour le financement du bâtiment et son équipement. De plus, il s'engage également à rétrocéder ses parts dans un délai de 5 ans pour permettre à de nouveau adhérents d'entrer en coopérative. Du jamais vu de la part d'un patron ! Dès 1925, la Cave Coopérative d'Alénya recevait ses premières vendanges.

    En 1980, la municipalité de Simone Parrot fait l'acquisition de la célèbre Cave Ecoiffier. Cet ensemble splendide est devenu un lieu convivial, artistique, sportif et culturel.

    Alénya, aujourd'hui, que reste-t-il des belles années du vin ?

    Vidées de leurs cuves, les belles caves Ecoiffier ont été réaménagées en espace culturel, sportif et convivial.

    Au Mas Blan est installée la Sicarex Midi Roussillon, un centre expérimental de recherche œnologique doublée d'une entité de traitement et de mise en bouteille des vins.

    Si la Cave Coopérative a, elle aussi fermé ses portes, les vignobles d'hier sont autant de parcelles à construire pour une demande qui ne cesse d'augmenter.

    593 habitants en 1928, 1211 en 1982, plus de 3000 aujourd'hui, c'est l'une des progressions les plus importantes de notre département durant la dernière décennie.

    Quelques lieux de visite à Alénya

    Bien entendu les Caves Ecoiffier. On trouve également à droite de l'entrée principale, une borne du haut Moyen Age qui délimitait les territoires des seigneurs de Saint-Martin de Boaça et d'Alénya.

    Alénya et le vin

    La Pompe Bonne qui est l'une des plus anciennes fontaines du village. Les femmes venaient y chercher l'eau potable et laver leur linge. Les animaux s'y abreuvaient.

    La Maison d'Ortaffa, une bâtisse datée de la fin du XIVème siècle et contemporaine du Castillet à Perpignan. Elle a conservé son cachet médiéval avec une superbe façade en galets et cayrous d'argile cuite. Construite par la famille Miro d'Ortaffa, elle est devenue la propriété Malavialle.

    La Mairie, construite en 1863 pour être l'école, en 1975, les services municipaux s'y installent. 

    Alénya et le vin

    L'église Sainte-Eulalie, élevée en 1593 sur des fondations d'une église plus ancienne, mentionnée en 1214. Son ornement est du plus pur style baroque catalan. L'ensemble du mobilier d'art sacré est classé Monument Historique depuis 1957. Mais la pièce maîtresse est la Vierge au Raisin, une statue en bois doré du XIVème siècle, une œuvre unique en Roussillon.

    Alénya et le vin

    L'association Art, Culture et Tradition fait depuis une vingtaine d'année un énorme travail de recherches historiques et a réalisé plusieurs études très documentées sur le village depuis la présence romaine, les siècles obscurs, les Révolutions, les métiers disparus jusqu'aux bonnes années du vin.

    Les Caves Ecoiffier

    Vers la fin du XIXème siècle, les Violet viennent de lancer leur fameux Byrrh et les premières caves sont construites à Thuir. C'est à cette époque qu'elles auraient pu être élevées à Alénya, car l'une des sœurs Violet, Thérèse est l'épouse d'un des frères Ecoiffier, de Thuir, les industriels de l'électricité. On sait que François Ecoiffier et Thérèse Violet ont constitué entre eux une société d'acquêts. Le premier embryon de la cave d'Alénya serait l'œuvre de Simon Violet car à cette époque les Violet sont propriétaire des terrains. Au moment où Simon prend seul la décision d'agrandir Thuir, son frère Pallade ne l'ayant pas suivi dans son projet, il peut donc se poser la question : Thuir ou Alénya ? La réponse, on la connaît, ce fut Thuir, essentiellement choisi, a-t-on dit, pour ses facilités de raccordement à la voie ferrée, le chemin de fer étant l'organe essentiel d'une distribution, comme le souhaitait Simon Violet.

    L'empreinte des Violet se retrouve fortement dans la construction de l'ensemble d'Alénya, commencé avant 1895 : même architecte, même qualité des matériaux qu'à Thuir, même alignement des foudres par deux rangées de douze séparées par une allée munie de rails sur lesquels circulent les wagonnets, même rigueur concernant l'hygiène et l'évacuation des eaux usées. Au début, les machines sont mues par la vapeur jusqu'à l'installation de l'électricité par les Ecoiffier qui vont offrir pendant des années l'éclairage public à la ville d'Alénya.

    Pendant les belles années et en période de vendanges, 130 personnes et 20 chevaux travaillaient au domaine de 148 hectares qui pouvaient produire jusqu'à 20000 hectolitres d'un vin de consommation courante. Les Violet, eux, avaient pris une autre direction pour d'autres marchés internationaux.

    L'activité agricole du domaine Ecoiffier a été stoppée en 1970.

    Article paru dans La Semaine du Roussillon


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