• Un catalan qui fut préfet, ministre et sénateur

    Camille Cabana (1930-2002)

    Il se plaisait à dire avec ironie « j'appartiens à l'espèce rarissime des énarques qui ne sont pas bacheliers », ce qui ne l'a nullement handicapé pour mener une carrière exemplaire, en politique où dans l'administration d'État. Plus technicien qu'un homme politique, il a été peu médiatisé et reste donc peu connu du grand public.

    C'est à Elne que naît le 11 décembre 1930 Camille Cabana. Son père, Étienne, d'origine espagnole, a émigré en France dans les années 20 et a été d'abord ouvrier mineur aux Mines de fer de Batère, dans le massif du Canigou. Puis il s'installe comme maraîcher à Elne après son mariage avec Baptistine Badie, illibérienne de naissance. Après des études primaires au village, le jeune Camille entame son cycle d'études secondaires à la « Sup » de Perpignan et obtient son brevet d'études primaires supérieures. Il n'a pas encore 18 ans, lorsqu'il part pour le Maroc rejoindre un oncle à Marrakech où il sera agent auxiliaire à la Poste. Son séjour au Maroc lui permettra d'acquérir et de maîtriser la langue arabe, ce qui fera de lui un partisan du rapprochement des cultures franco-arabes. Après son service militaire, gravissant avec succès les échelons de la carrière administrative jusqu'au grade d'attaché d'administration centrale au ministère des PTT, il intègre l'École Nationale d'Administration en 1962. Administrateur civil à sa sortie à sa sortie de l'École Nationale d'Administration, le voici sous-préfet en service détaché comme chef de cabinet auprès de Maurice Doublet, préfet de l'Isère. Camille Cabana conservera son poste de chef de cabinet lorsque Maurice Doublet sera nommé préfet de la région parisienne, en 1969.

    Le 15 novembre 1968, il épouse en secondes noces Marie-Claude Guilhaudis, énarque comme lui, qui deviendra haut magistrat à la Cour des comptes. Deux filles naîtront de cette union, en plus des trois garçons de son premier mariage.

    En novembre 1971, Cabana se voit confier la sous-direction de l'Équipement et du Développement à la Direction Générale des collectivités locales au Ministère de l'Intérieur. Il réintègre la préfecture de Paris en 1975 comme directeur, de cabinet du préfet Jean Taulelle. Titularisé préfet en 1977, il est détaché la même année en tant que secrétaire général de la Ville de Paris après l'élection de Jacques Chirac à la mairie de Paris. Il dirige en « patron » les quelques 40000 fonctionnaires municipaux parisiens jusqu'en 1986, exerçant en parallèle les fonctions de directeur général des services administratifs du département de Paris à partir de 1983. Certains services municipaux seront privatisés à cette époque.

    Devenu Premier ministre, Jacques Chirac nomme en 1986 Camille Cabana ministre chargé de la Privatisation puis de la Réforme administrative et des Rapatriés en 1987.

    Après la défaite de Chirac contre Mitterrand aux présidentielles de 1988, Cabana est désigné par son parti pour affronter Georges Frêche aux législatives dans l'Hérault, à Montpellier, sous l'étiquette RPR. Prudent, Georges Frêche, alors maire de la ville, va changer de circonscription et Cabana sera opposé à Gérard Saumade, président socialiste du Conseil général. Mis en ballottage au premier tour, Camille Cabana sera battu au second tour par Gérard Saumade.

    Au Sénat

    Élu en mars 1989 conseiller de Paris (douzième arrondissement), il est nommé adjoint au maire Jacques Chirac, chargé de l'urbanisme.

    En février 1991, candidat du RPR, il est élu sénateur de Paris et deviendra membre de la commission des lois (1991-1993) puis de celle des finances (1993-1995). Rapporteur spécial du budget de la culture et de la francophonie, il s'exprimera au sujet des équipements culturels parisiens, de la formation, de la sensibilisation de la culture et de la promotion du français. Au Sénat, il suivra avec attention les questions concernant les collectivités locales comme par exemple la mise à disposition des départements des Services de L'Équipement en 1992.

    Chargé des Rapatriés, il rappellera en 1994 le « martyre » des harkis et s'émouvra de l'ingratitude de la France à leur égard. Il est à l'aise également avec les sujets qu'il domine, tels que les privatisations et les transports parisiens. Notons qu'il es administrateur de la RATP et du Syndicat des Transports Parisiens depuis 1989.

    Aux sénatoriales de 1995, il ne se représente pas et sera nommé par Jacques Chirac, alors chef de l'État, président de l'Institut du Monde Arabe, en remplacement de d'Edgar Pisani. A ce poste prestigieux, il aurait mené plusieurs missions officieuses dans des capitales arabes.

    En parallèle, et plus discrètement, il est nommé par Jacques Chirac commissaire à l'aménagement des domaines présidentiels de Marly-le-Roi et de Rambouillet.

    Toujours en 1995, il est réélu conseiller de Paris et deviendra l'adjoint chargé des finances du nouveau maire Jean Tibéri.

    Reconduit en 1999 à la présidence de l'Institut du Monde Arabe puis atteint d'un cancer, Camille Cabana décédera à Paris le 2 juin 2002. Il sera inhumé dans le caveau de famille au cimetière de Elne le 6 juin.

    Article paru dans La Semaine du Roussillon


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