• Foire de la Saint-Martin

    Foire de la Saint-Martin

    Les premiers coups de froid arrivent et avec eux la foire de la Saint-Martin. Événement incontournable, la traditionnelle foire de la Saint-Martin annonce la fin de l'automne en Pays Catalan.

    Foire de la Saint-Martin à Perpignan, un siècle et demi d'histoire. Sont-ils les petits-enfants des amuseurs d'antan ? Certains le revendiquent, d'autres préfèrent ajouter à leur patronyme le terme « industriel forain », peut-être pour définitivement chasser l'idée reçue fortement ancrée dans la mémoire collective qui faisait des forains, il n'y a pas si longtemps,  « l'étranger dont on doit de méfier ».

    Des bateleurs aux forains

    Aussi loin que remonte l'histoire toute concentration humaine a généré la création d'espaces ludiques où s'exprimaient troubadours, jongleurs, montreurs d'animaux savants, musiciens, chanteurs, magiciens et illusionnistes. Pour exemple, le site romain de Ruscinio, à Château-Roussillon, près de Perpignan, vieux de vingt deux siècles, peut-être plus, où les fouilles ont permis de remettre à jour le forum admirablement architecturé avec ses échoppes des marchands, ses ateliers d'artisans, ses boutiques du coiffeur ou de l'arracheur de dents mais aussi sa place publique, fermée sur trois côtés par des galeries couvertes. Il n'est besoin que d'un peu d'imagination pour voir vivre et s'amuser nos ancêtres d'un pays qui s'appellerait plus tard le Roussillon. Les forains, pour reprendre l'expression d'aujourd'hui, ont donc un passé dont ils peuvent être fiers. Ils ont toujours été les amuseurs de la société, en sachant se mettre au goût du jour, se renouveler et promouvoir les nouvelles techniques.

    Perpignan, une foire animée et très populaire

    Plus près de nous, relisons ce qu'écrit Frédéric Saisset en 1901 au sujet de la foire de Perpignan :  « La Foire ! À ce mot magique tourbillonne en nous une poussière de souvenirs : nuage à travers lequel remonte en nous toute notre âme d'autrefois et se représente à notre pensée tout un passé lointain. La Foire ! La Foire ! C'est le cirque avec ses pirouettes de clowns enfarinés et ses chevaux qui semblent, avec leur uniforme branlement de tête, tourner une meule absente, tandis que sur leur dos matelassé vire-volte et tournoie une demoiselle au sourire peint : le Cirque avec ses gymnastes en maillots-chair qui se tordent et se détordent comme des chiffons mouillés qu'on exprime pour la joie toute spéciale des ménagères. C'est, à côté, avec son cliquetis de perles éclatantes et de brocard argenté, le grand manège des chevaux tournants, emportant dans leur immobile galop de bois la petite foule ingénue des mômes. Et plus loin la Ménagerie avec ses fauves peints sur toile, rués sur le dompteur vaincu : et, de l'intérieur, se déverse jusque sur la foule une houle de clameurs sauvages, bruit de tonnerre qui réveille au fond de l'âme un peu de l'effroi qui devait secouer nos aïeux dans les forêts primitives. C'est maintenant la Femme-Prodigue, dont un habile jeu de miroirs à supprimé ses jambes. C'est le Palais des Singes où les hommes vont se pâmer devant la caricature de l'homme. C'est le théâtre de Passe-Passe et d'Équilibre où les chapeaux se transforment en casseroles magiques tandis que pirouette sur un fil de fer tendu une danseuse experte et attentive.

    Pour trois sous

    Et finalement, c'est la longue duperie des baraques louches d'où se dégage, par les quinquets fumeux du dehors, comme une odeur de perversité et de mensonge pauvre. C'est le mensonge même de la vie, la déception, la curiosité leurrée qui retombe en pluie d'ennui dans l'âme. « Venez voir, pour trois sous, la plus belle femme du monde ! Deux sous pour les militaires ! »Un roulement de tambour, et l'adulte inexpérimenté entre, l'esprit ébloui du vol des Chimères, sentant bouger les ailes du désir à l'approche de cette beauté qui s'offre. On entre . Et c'est l'affreux taudis de toile au fond duquel, sur quatre planches noires, une femme est assise : C'est l'Ange de clarté annoncé à l'extérieur ( l'Ange à deux sous pour les militaires ), la grosse poupée de brocard qui sourit de toute sa bouche édentée et vous tend une main amie. C'est la Femme Électrique dont les pieds reposent sur une pile. À son contact, une forte secousse vous ébranle et l'on sent l'effondrement des illusions puériles, les rêves en miettes qui choient. Mais l'espoir renaît de ses cendres, et l'on continue à vouloir tout de même, pour trois sous, un peu de beauté. Et, malgré tout, malgré les débris des illusions en miettes et l'indéniable duperie, dans l'âme de l'enfant l'âme foraine continue de vivre et, après le départ des maisons errantes, une mélancolie de regrets se prolonge et se mêle à l'espoir de l'annuel et périodique retour ! »

    Le saviez-vous ?

    Née le 11 novembre 1759, la foire de la Saint-Martin est installée sur diverses places de la ville et est destinée en premier lieu au commerce de bétail et de produits locaux divers avec une petite place faite au cirque et aux saltimbanques. En 1892, les progrès technologiques permettent l'apparition des premiers manèges à vapeur qui vont remplacer les marchands de bestiaux. La foire est une première fois déplacée en 1962 à la pépinière, puis en 1974 sur l'espace actuellement occupé par les voies sur berges. Depuis 1977, afin d'assurer la sécurité du public de plus en plus nombreux, la foire a définitivement déménagé aux parcs des attractions.

    Article paru dans la « Semaine du Roussillon »


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