• Villa Saint-Christophe à Canet-Plage (1941-1943)

    Villa Saint-Christophe

    Un havre de paix pour enfants victimes de la guerre

    Plus de soixante-dix ans après les faits, voici que surgit une nouvelle page d'une réalité qui n'avait laissé ici aucune trace.

    En 1944, pendant la seconde guerre mondiale, une grande villa bourgeoise de Canet-Plage a été transformée en maison de convalescence pour les enfants des camps d'internements de Rivesaltes, Argelès ou Saint-Cyprien. On a beaucoup parlé de la Maternité Suisse d'Elne et bien, à la même époque, existait aussi la Villa Saint-Christophe, située sur le front de mer à Canet-Plage.

    On peut se demander pourquoi ce lieu de vie pour enfants est resté totalement ignoré ici jusqu'à ces derniers mois. En fait, plusieurs facteurs ont contribué à ce que l'existence de ce lieu de vie pour enfants ne soir pas connue.

    * D'abord parce que les créateurs de cet établissement ne sont pas des Français, nous le verrons plus loin.

    * Ensuite parce que cet immeuble, appelé la Villa Saint-Christophe, qui avait été édifié ne bord de mer à la fin du XIXème siècle, était situé à l'époque en un lieu quasi désert. Seuls, les proches voisins, très peu nombreux, pouvaient se rendre compte que la résidence était habitée et qu'on y voyait des enfants. Nous sommes alors en période de guerre, de pénurie et les gens se préoccupent essentiellement de leur propre survie.

    * Et puis, la troisième raison qui facilitera la dilution de la mémoire fut la démolition de cet immeuble, comme beaucoup d'autres, pour laisser place à une résidence de sept étages, appelée Le Beaulieu. On pourrait peut-être aussi ajouter que les enfants qui ont été hébergés ici n'étaient pas Roussillonnais, qu'ils n'avaient aucun lien dans le pays et qu'ils n'ont pas été recherchés par des familles, au plan local.

    Donc, contrairement à la Maternité d'Elne qui, physiquement, existe toujours, aucune trace de la Villa Saint-Christophe ne subsiste aujourd'hui.

    Un étrange courrier venu des États-Unis d'Amérique

    En janvier 2009, Madame Arlette Franco, alors député-maire de Canet-en-Roussillon, reçoit un courrier émanant d'un professeur d'Histoire établi dans l'Illinois aux USA. En fait il s'agit d'une demande de renseignements concernant une maison de repos pour enfants réfugiés, la Villa Saint-Christophe, fondée par les Mennonites américains et qui aurait existé à Canet-Plage, le le régime de Vichy.

    Du côté de la mairie, on a pu simplement déterminer que la villa en question était à l'époque la propriété d'un médecin de Castelnaudary, le docteur Coffinière. Rien d'autre. Rien non plus dans la presse locale. Cette maison avait sans doute été louée.

    Mais cette interrogation venant des USA, fut relevée par deux passionnées d'histoire et de patrimoine, deux sœurs, Mesdames Simone Chiroleu-Escudier et Mireille Chiroleu qui vont entamer une très longue investigation. Puisqu'il n'y avait aucune trace de cet établissement ici, des archives devaient bien exister ailleurs et c'est chez les Mennonites que les recherches vont se concentrer, puisque ce sont eux les créateurs de la maison pour enfants.

    Le Mennonitisme est une confession chrétienne issue de la réforme protestante fondée au XVIème siècle et la plupart des membres sont rassemblés dans la Conférence Mennonite Mondiale. Leur but est essentiellement humanitaire mais évidemment confessionnel, fondé cependant sur la justice sociale. Le mouvement est né en 1920 à Chicago pour porter secours aux Mennonites de l'Union Soviétique après la Révolution Russe et la famine en Ukraine. Il intervient ensuite durant la guerre civile espagnole. Leur centre d'archives est situé aux USA, à Goshen, dans l'Indiana.

    Les deux chercheuses, aidées d'Éric Escudier, le fils de Simone, pour les courriers en anglais, seront informées que, en effet, de nombreux documents, correspondances, photos, liste d'enfants de diverses nationalités, confirment et racontent l'histoire de la Villa Saint-Christophe.

    Ce fut à la fois extraordinaire et passionnant. Retrouver plus de 70 ans après les faits, le détail, presque au jour le jour de ce qu'a été cet épisode douloureux de la seconde guerre mondiale était tout à fait inespéré.

    Si obtenir ces documents fut ensuite relativement aisé, il faut cependant ajouter qu'ils ne furent expédiés en France que contre espèces, en l'occurrence en dollars. C'est dans le règlement de l'organisation des Archives Mennonites et il faut s'y conformer.

    En possession de ces documents et des listes d'enfants, nos historiennes se mirent à la recherche des survivants de l'époque, âgés aujourd'hui de 75 à 85 ans.

    L'un d'eux, Gilbert Susagna, devenu professeur, dont la mère a travaillé un temps à la Villa Saint-Christophe, livre son émouvant témoignage dans la préface de ce qui est un bel ouvrage qui lui, assurément, restera dans l'histoire.

    Pourquoi Canet-Plage ?

    Le Mennonites ont donc fait le choix de Canet-Plage pour installer leur établissement. Plusieurs raisons peuvent être évoquées :

    * D'abord parce que la Villa Saint-Christophe est au bord de la mer. C'est bon pour des enfants convalescents.

    * Ensuite parce que le lieu est très calme. On y dispose de grands espaces qu'il est facile de surveiller.

    * Et puis, il ne faut pas oublier que Canet-Plage est reliée à Perpignan par le tramway. On utilisera ce moyen de transport économique et pratique pour faire livrer les fournitures nécessaires à la vie quotidienne. De plus, les visiteurs peuvent gagner facilement et sans encombre la gare de Perpignan.

    D'autres œuvres d'assistance aux enfants existent en parallèle, comme les Quakers américains ou le Secours Suisse aux Enfants. Ces œuvres collaborent généralement entre elles et sont tenues d'observer une stricte neutralité dans le conflit qui oppose l'Allemagne aux Alliés.

    Le projet de maison d'enfants à Canet-en-Roussillon a pu être réalisé avec une aide importante des Mennonites américains.

    C'est le 1er avril 1941 que la Villa Saint-Christophe ouvre ses portes et elle reçoit ses premiers pensionnaires le 4 mai, trois petits Espagnols de 9, 7 et 2 ans. La première structure d'accueil se compose d'une directrice, de deux collaboratrices, d'une infirmière et d'un cuisinier.

    La colonie accueillera environ 150 enfants espagnols et une cinquantaine de diverses nationalités dont des enfants juifs.

    L'arrivée des troupes allemandes, en novembre 1942 mettra fin aux activités humanitaires de la Villa Saint-Christophe qui sera définitivement fermée en janvier 1943. Les enfants seront cependant évacués vers le château de Lavercantière, dans le Lot. De nombreux petits juifs échapperont ainsi aux convois en partance de Rivesaltes vers les camps d'extermination, via Drancy.

    Source «La Villa Saint-Christophe, maison de convalescence pour enfants des camps d'internement» Simone Chiroleu-Escudier, Mireille Chiroleu, Éric Escudier, Alliance Éditions (avril 2013) 

    Article paru dans la Semaine du Roussillon


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