• Marie Arago (1755-1845) née Marie Anne Agathe Roig

     

    La mère-courage de la saga Arago, on a beaucoup écrit sur les frère Arago mais pratiquement rien sur leur mère et pourtant cette femme exemplaire mérite bien que l'on s'attarde un peu sur sa vie.

    C'est à Corneilla-la-Rivière, le 3 novembre 1755 que naît Marie Anne Agathe Roig, de François Roig, pagès c'est-à-dire paysan aisé, ancien officier et de Victoire Brial, son épouse, elle aussi fille d'un pagès de Camélas. Le grand-père François, Cama Roig, est médecin. Il faut retenir de cette époque que 90 % des femmes sont illettrées, l'éducation des filles n’étant pas du tout prioritaire. Les adolescentes étaient destinées à devenir des bonnes épouses et des maîtresses de maison capable de donner naissance à des enfants et de les élever. Leur rôle était celui-ci. Aussi, ce qui a été dit sur la toute jeune Marie nous semble peu crédible et pourtant, elle a bien appris seule à lire et à écrire à partir de textes en français ou latin qu'un oncle, curé de Ponteilla, rapportait parfois à la maison. Mais tout ceci en cachette, de peur de contrarier les parents.

    Si on ne connaît rien de sa prime jeunesse, on sait qu'elle épouse le 12 août 1778 – elle a donc 23 ans – François Bonaventure Arago, lui aussi pagès et licencié en droit. Le couple s'installe à Estagel où la présence des Arago est attestée depuis 1640. Orphelin très jeune François Bonaventure a été élevé par un frère de son père, prêtre, qui lui a fait suivre des études de droit à Perpignan.

    Les onze enfants du couple

    Dès 1779, un an après leur mariage, le premier enfant naît, une fille prénommée Marie-Rose, qui meurt quelques mois après, en 1780. cette même année naît une deuxième fille, Marie-Thérèse, qui décède également dans l'année. En 1782, en voici une troisième, Rose qui, elle, vivra jusqu'en 1832. Et encore une autre fille, née en 1783, Marie-Victoire qui disparaît dans la même année. En cinq ans, sont nées du couple Arago-Roig quatre filles dont trois décédées en bas âge. Mais pendant ces années le père Arago entame une carrière politique et devient, de juin 1786 à juin 1787 le premier Consul de la ville d'Estagel, fonction que l'on peut assimiler à celle d'un maire actuel.

    François premier des six garçons

    Entretemps, un premier garçon est né en 1786, François. C'est lui qui deviendra un brillant politicien, astronome et physicien. Et puis un second, Jean, en 1788, qui sera caissier à l'Atelier des Monnaies de Perpignan puis militaire s'illustrant au Mexique. En 1789, lorsqu'éclate la Révolution, François Bonaventure Arago rédige une grande partie du Cahier de Doléances [ Le 5 août 1788, le roi Louis XVI annonce la convocation des États Généraux prévus en avril 1789. Chargés de voter de nouvelles ressources financières et de proposer des réformes, les États Généraux sont l'occasion pour les sujets de communiquer avec leur souverain. Ce sont ces fameux Cahiers par lesquels le roi demande à tous de consigner ce qui ne plaît pas mais aussi ce qui plaît dans le royaume. ] d'Estagel et il devient en 1790 le premier maire élu de la commune. 1790 sera aussi l'année de naissance du troisième garçon de la famille, Jacques qui deviendra romancier, auteur dramatique et explorateur. En cette année 1790, sept enfants sont déjà nés, quatre ont survécu. Comment sont-ils élevés ? On dit Marie Arago dotée d’une très vive intelligence, d'une gaieté communicative et d'une santé de fer. Fervente chrétienne, elle va encourager ses enfants, même les filles, à poursuivre des études. On influence est reconnue et respectée au village. Un autre garçon naît en 1792, prénommé Victor, qui deviendra polytechnicien et militaire. Et puis encore un autre,Joseph, né en 1796. Il sera militaire dans l'armée mexicaine. En 1798 naît une fille, Marguerite qui épousera plus tard un collègue de son frère François, un scientifique de l'Observatoire de Paris, Claude Louis Mathieu. Et enfin le dernier des onze enfants du couple, Étienne, né en 1802. Lui sera un dramaturge, homme politique, maire de Paris en 1870. Alors, faut-il parler d'un clan, cette famille Arago ? Sans aucun doute et c'est souvent le cas dans les familles nombreuses. Tous les enfants sont nés à Estagel et tous auront le sens de la famille dont la mère, Marie, reste le pivot central. En 1814, le père Arago, François Bonaventure, décède, laissant une veuve et huit enfants dont les deux plus jeunes sont encore mineurs. Selon le biographe d'Étienne Arago « toute sa vie, Marie Arago a eu une énorme influence sur ses enfants mais aussi sur ceux qui l'entouraient ». Tous, garçons et files, se comporteront avec droiture et honnêteté, à l'exemple du père. De la mère ils hériteront le dynamisme qui les anime, la bonté envers autrui et une bonne humeur communicative.

    Très impliquée à Estagel

    A Estagel, Marie est très impliquée dans de nombreuses œuvres de bienfaisances et il a été dit que, lorsqu'elle était mourante, en septembre 1845, les Estagellois seront très nombreux à venir à son chevet.

    Un autre malheur vient frapper la famille en 1832, Rose, l'une des deux filles, décède à 50 ans et Marie, alors âgée de 77 ans, devient la tutrice des quatre enfants de sa fille. Un exemple de l'extraordinaire « aura » de Marie Arago : En 1841, Félix Savary, alors professeur d'astronomie et de géodésie à l'École Polytechnique, vient se soigner à Estagel, chez Marie et il décédera chez elle, le 15 juillet. Il avait à peine 44 ans. Marie Arago décédera dan sa maison à Estagel, le 5 septembre 1845, à l'âge de 90 ans. L'histoire de cette saga familiale nous interpelle par le fait que les parents, qui ne sont pas des gens très riches, réussiront à faire de leurs six fils des personnages qui vont se distinguer, chacun dans sa spécialité et le rôle de la mère, rappelons qu'elle est autodidacte, à été primordial.

    Article paru dans la Semaine du Roussillon


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