• La pouponnière de Banyuls-sur-Mer (1941-1942)

    Un lieu de survie pour les enfants des camps de concentration. La Villa Saint-Jean fut une annexe de la Maternité Suisse d'Elne, de juillet 1941 à novembre 1942. Elle a « contribué à sauver des bébés condamnés à mourir dans le camp de Rivesaltes ». Un épisode méconnu de notre histoire.

    Il y a exactement 71 ans, en novembre 1942, la pouponnière de Banyuls fermait ses portes pour être transférée dans les environs de Castres. Les Allemands venaient d'envahir la zone Sud et le danger était grand de voir bombarder ce bâtiment abritant des enfants, exposé face à la mer en bordure de plage. Aujourd'hui, s'il ne reste aucun vestige physique de cette présence – le territoire sur lequel la Villa Saint-Jean était élevée ayant été cédé au Laboratoire Arago – l'opiniâtreté de quelques hommes décidés à ce que vive la mémoire s'exprime au travers d'un recueil édité par l'Association Générations Banyuls.

    En février 1939, la Retirada fait que 450000 républicains espagnols, hommes, femmes et enfants, fuyant les armées de Franco, vont traverser la frontière et entrer en France pour être regroupés dans les camps dits « de concentration ». Nous connaissons ici ceux d'Argelès-sur-Mer, de Saint-Cyprien et de Rivesaltes. On sait aussi que ces camps préparés dans la précipitation, sont dénués de tout confort et la mortalité infantile y est élevée. De nombreux bébés de moins d'un an succomberont suite à une gastro-entérite infectieuse.

    A Elne, le Cartel du Secours Suisse aux enfants victimes de la Guerre, une organisation non gouvernementale dont le but est de porter assistance aux personnes réfugiées, a installé une Maternité dans un ancien château réaménagé ayant appartenu à la famille Bardou, fabricants de papier à cigarette. Et l'histoire de la Pouponnière de Banyuls sera indissociable de celle de la Maternité d'Elne.

    Dans son livre « femmes en exil, mères des camps », le doctorant en histoire contemporaine Tristan Castanier i Palau consacre un chapitre à la Pouponnière de Banyuls, sous-titré « Un dispensaire infantile ». Il débute son récit par ces mots : « Banyuls sera pendant longtemps la seule possibilité d'espoir pour ces enfants (…) que chacun considérait comme perdu ».

    Le manque de place à la Maternité a conforté l'idée de la création d'une pouponnière dans le but de faire sortir des camps un maximum d'enfants.

    Banyuls-sur-Mer est choisi

    Mais où installer la pouponnière ? Impossible, par manque de place, de l'annexer à la Maternité. Ce sera le Docteur Géraud, demeurant à Elne, qui proposera à Élisabeth Eindenbenz, directrice de la Maternité, la location de la maison de son père, à Banyuls-sur-Mer. Un immeuble situé en bord de mer, pourvu de grandes pièces, d'une vaste cave, d'un premier étage et d'un jardin en terrasse.

    Le 31 mars 1938, cette villa inhabitée depuis quelques années, avait été réquisitionnée pour un temps par le maire de Banyuls pour y loger des militaires. Puis début 1941, l'armée veut en faire un centre pour permissionnaires des zones interdites. En même temps, un courrier émanant d'un membre de la famille mentionne « qu'il y a eu des dames qui voulaient y installer une pouponnière ».L'armée n'ayant pas donné suite, un bail sera conclu en avril avec le Secours Suisse et, après des travaux d'aménagement, les premiers enfants sont accueillis en juillet, dans une Villa Saint-Jean qui, elle aussi, renaît à la vie.

    En un premier temps sont nommées une directrice, Mademoiselle Durand et une infirmière, Lydia Muller. Mais, rapidement, elles seront secondées par plusieurs aides-soignantes et des hommes chargés des besognes journalières. Les mères, quand à elles, aideront à l'entretien de la pouponnière afin d'économiser des frais de personnel.

    Les berceaux seront fabriqués à partir de lattes de bois récupérées sur les caisses d'emballages.

    Une lutte pour la vie

    Dans son livre, Tristan Castanier poursuit : « (…) l'approvisionnement pose néanmoins problème. Le transport routier de fruits et légumes entre Elne et Banyuls se trouve parfois suspendu sans possibilité de communication aucune, quant au transport ferroviaire, il est assez aléatoire. Cependant, le lait maternel est convoyé tous les jours de manière constante. Grâce à quoi, certains bébés ont pu être sauvés, comme le petit Louis, ramené à la vie alors que son cercueil était préparé (...) ».

    Dans son ouvrage : « Les enfants cachés pendant la seconde guerre mondiale aux sources d'une histoire clandestine », Céline Marrot-Fellag Ariouet décrit l'état des enfants dans le camp de Rivesaltes : « La faim, le froid insupportable en hiver et la chaleur torride qui règne en été, ajoutés au désœuvrement, caractérisent le quotidien des enfants et des adultes. Les enfants sont victimes d'hypovitaminose, de rachitisme, de cachexie et autres maladies. La saleté attirent les rats et vermine. Les moustiques qui infestent le camp sont responsables du paludisme endémique (...) ».

    Combien d'enfants ont-ils été sauvés ou du moins remis en bon état sanitaire à la Pouponnière de Banyuls ? Le décompte exact n'est pas connu car certains n'y feront qu'un séjour provisoire. Encore en 2009, des proches parents d'un enfant dont la trace avait été perdue ont appris qu'il était décédé à la Pouponnière et qu'il avait été inhumé dignement à Banyuls.

    Au dos du recueil édité par l'Association Générations Banyuls, on peut lire : « Notre pouponnière de Banyuls, silencieusement et sous la direction énergique de Mademoiselle Durand, a fait un travail que des centaines de mères n'oublieront jamais ».

    Après sa fermeture, en novembre 1942, la Villa Saint-Jean, délabrée, a été rachetée par l'Université Paris VI Pierre et Marie Curie pour le Laboratoire Arago. Elle a été démolie en 1968. Sur son emplacement a été construit un centre d'hébergement pour les étudiants travaillant en relation avec le Laboratoire Arago, redonnant au lieu une noble mission. Une plaque commémorative a été dévoilée lors de l'inauguration du bâtiment, le 28 mars 2013.

    La pouponnière de Banyuls-sur-Mer (1941-1942)

     

    Plaque commémorative Pouponnière de Banyuls-sur-Mer

     

    Article paru dans « La Semaine du Roussillon »


  • Tour de guet, ancienne mosquée ou centre initiatique templier ?

    Petite mosquée, traduction symbolique de la Trinité, influence égyptienne ou chrétienne d'orient, les thèses sont nombreuses. Le XIXème siècle s’intéressa de très près à l'origine de l'édifice de l'église Sainte-Marie de Planès, surnommée « La Mesquita » par ses habitants.

    Au sud de Mont-Louis dans le Haut-Conflent, un véritable tapis de verdure descend sur les flancs des coteaux jusque sur les bords de la rivière de Planès. On y découvre un minuscule village. De vielles maisons aux toits d'ardoises y sont éclatées en quatre hameaux distincts, à cause d'une avalanche, il y a quelques siècles. Au lieu-dit des Cascarols se dresse l'édifice qui a été pendant de longues années l'objet de discussions passionnées quant à son origine.

    Il s'agit de l'église de Planès, blottie en haut du sentier qui part du hameau del Mitg. Elle est construite sur un plan triangulaire : coupole élevée sur trois piliers triangulaires, posés aux trois angles d'un triangle équilatéral, nef triangulaire, extérieurement et intérieurement l'église à la forme d'un triangle dont les angles sont arrondis. Sa façade principale ornementée d'une porte (autrefois située au milieu de l'abside nord-ouest) est remarquable quant à ses pentures , volutes et entrelacs de fer forgé datant du XIIème siècle. De loin, vue de face, l'église paraît avoir des proportions assez vastes. En se rapprochant, on reste persuadé qu'elle possède les dimensions normales d'une petite église de village. Mais, on est complètement désillusionné dès que l'on pénètre à l'intérieure. On est saisi par sa petitesse. Oratoire, tour ou petite basilique.

    En écartant les bras, on peut presque toucher avec les mains les côtés extrêmes de l'église. Le maître autel situé en face est à trois ou quatre pas de la porte d'entrée et encore, il a été reculé ! En se tassant bien, c'est à peine si 80 personnes peuvent y entrer (grâce aux deux tribunes). Au centre de l'autel, une statue de Saint Isidore, patron, des laboureurs qui tient dans sa main gauche l'attribut de sa fonction, « la rella », soc de charrue.

    Découverte par un berger et un taureau

    La présence d'un tel édifice est difficile à expliquer dans un si petit village de montagne. C'est ainsi qu'en accord avec sa légende, on a cru tout d'abord que ce monument était à d'origine arabe et avait été édifié pour servir de sépulture à Munuza, gouverneur de ces montagnes pour l'émir Abd-el-Rhaman de Cordoue, lors de la conquête de l'Espagne par les Arabes. D'ailleurs encore aujourd'hui pour les habitants du pays c'est la Mesquita ou « petite mosquée ». Certains affirment, qu'anciennement, la coupole était dominée extérieurement par une espèce de tour de guet protégée par un garde-fou. De là, le clerc sonnait autrefois la messe avec une petite cloche portative. Cette tour assurait aussi la défense de la partie droite du village, pendant que le château, construit en face sur un piton rocheux, et dont il ne reste rein aujourd'hui, (hameau « del Castell ») veillait sur la partie gauche.

    De là, une autre théorie a découlé. L'église aurait été bâtie selon le plan de la basilique Sainte-Sophie de Constantinople, lors de l'influence des constructions à coupoles du Saint-Empire Romain d'Orient, dont les tracés auraient été rapportés par les Maures. On y aurait aussi décelé des influences égyptiennes ou encore un centre initiatique templier.

    Loin de cette légende maure communément admise, l'éminent architecte Viollet-le-Duc, croît à l'origine chrétienne de ce monument. Son plan triangulaire serait la traduction symbolique et matérielle de l'idée de La Trinité. Dogme fondamental du christianisme. En France, l'église de Planès n'est pas le seul exemple d'une telle construction. Sainte-Croix-de-Montmajour à Arles (Bouches-du-Rhône), chapelles de la Trinité de l'île de Lérins (Var), de Saint-Germain à Querqueville (Manche) et celles de Brouilla et d'Ur dans le département, des Pyrénées-Orientales, ont aussi un chevet en forme de trèfle. Le dogme de la trinité, pas plus que celui du Christ n'a pu vaincre le culte rendu à la Vierge.

    Mais tandis que les uns voient là un monument funéraire, un baptistère ou une église, le docteur Sabarthez considère qu'il s'agit d'une chapelle d'un oratoire dédié à la Vierge de Planès. Celle-ci a été découverte au XIIème siècle, avec la cassolette en cuivre, la cloche et la croix de l'église, à peu de distance de l'édifice. Elles y avaient été cachées pendant l'occupation du pays par les Musulmans. Selon la légende, la découverte en revient à un berger et un taureau guidé par un ange, comme beaucoup de statues de la vierge découvertes en Cerdagne et dans les Pyrénées en général.

    Les dernières études enfin tenteraient de démontrer que l'église de Planès ne serait qu'une vieille tour transformée. Tour stratégique, car de Planès, un sentier muletier permet de passer rapidement en Espagne par deux côtés différents : la vallée de Prats-Balaguer et le Col Rigat, et le vallon creusé par la Têt où l'on rencontre les traces de l'ancienne « strata francisca inférior ».

    Devant tant de polémiques, l'église de Planès reste muette et ne s'ouvre aux chants des goigs que chaque 24 septembre, jour de la fête du village. Unique jour percer son mystère.

    Tour de guet, ancienne mosquée ou centre initiatique templier ?

    Article paru dans La Semaine du Roussillon


  • Villa Saint-Christophe à Canet-Plage (1941-1943)

    Villa Saint-Christophe

    Un havre de paix pour enfants victimes de la guerre

    Plus de soixante-dix ans après les faits, voici que surgit une nouvelle page d'une réalité qui n'avait laissé ici aucune trace.

    En 1944, pendant la seconde guerre mondiale, une grande villa bourgeoise de Canet-Plage a été transformée en maison de convalescence pour les enfants des camps d'internements de Rivesaltes, Argelès ou Saint-Cyprien. On a beaucoup parlé de la Maternité Suisse d'Elne et bien, à la même époque, existait aussi la Villa Saint-Christophe, située sur le front de mer à Canet-Plage.

    On peut se demander pourquoi ce lieu de vie pour enfants est resté totalement ignoré ici jusqu'à ces derniers mois. En fait, plusieurs facteurs ont contribué à ce que l'existence de ce lieu de vie pour enfants ne soir pas connue.

    * D'abord parce que les créateurs de cet établissement ne sont pas des Français, nous le verrons plus loin.

    * Ensuite parce que cet immeuble, appelé la Villa Saint-Christophe, qui avait été édifié ne bord de mer à la fin du XIXème siècle, était situé à l'époque en un lieu quasi désert. Seuls, les proches voisins, très peu nombreux, pouvaient se rendre compte que la résidence était habitée et qu'on y voyait des enfants. Nous sommes alors en période de guerre, de pénurie et les gens se préoccupent essentiellement de leur propre survie.

    * Et puis, la troisième raison qui facilitera la dilution de la mémoire fut la démolition de cet immeuble, comme beaucoup d'autres, pour laisser place à une résidence de sept étages, appelée Le Beaulieu. On pourrait peut-être aussi ajouter que les enfants qui ont été hébergés ici n'étaient pas Roussillonnais, qu'ils n'avaient aucun lien dans le pays et qu'ils n'ont pas été recherchés par des familles, au plan local.

    Donc, contrairement à la Maternité d'Elne qui, physiquement, existe toujours, aucune trace de la Villa Saint-Christophe ne subsiste aujourd'hui.

    Un étrange courrier venu des États-Unis d'Amérique

    En janvier 2009, Madame Arlette Franco, alors député-maire de Canet-en-Roussillon, reçoit un courrier émanant d'un professeur d'Histoire établi dans l'Illinois aux USA. En fait il s'agit d'une demande de renseignements concernant une maison de repos pour enfants réfugiés, la Villa Saint-Christophe, fondée par les Mennonites américains et qui aurait existé à Canet-Plage, le le régime de Vichy.

    Du côté de la mairie, on a pu simplement déterminer que la villa en question était à l'époque la propriété d'un médecin de Castelnaudary, le docteur Coffinière. Rien d'autre. Rien non plus dans la presse locale. Cette maison avait sans doute été louée.

    Mais cette interrogation venant des USA, fut relevée par deux passionnées d'histoire et de patrimoine, deux sœurs, Mesdames Simone Chiroleu-Escudier et Mireille Chiroleu qui vont entamer une très longue investigation. Puisqu'il n'y avait aucune trace de cet établissement ici, des archives devaient bien exister ailleurs et c'est chez les Mennonites que les recherches vont se concentrer, puisque ce sont eux les créateurs de la maison pour enfants.

    Le Mennonitisme est une confession chrétienne issue de la réforme protestante fondée au XVIème siècle et la plupart des membres sont rassemblés dans la Conférence Mennonite Mondiale. Leur but est essentiellement humanitaire mais évidemment confessionnel, fondé cependant sur la justice sociale. Le mouvement est né en 1920 à Chicago pour porter secours aux Mennonites de l'Union Soviétique après la Révolution Russe et la famine en Ukraine. Il intervient ensuite durant la guerre civile espagnole. Leur centre d'archives est situé aux USA, à Goshen, dans l'Indiana.

    Les deux chercheuses, aidées d'Éric Escudier, le fils de Simone, pour les courriers en anglais, seront informées que, en effet, de nombreux documents, correspondances, photos, liste d'enfants de diverses nationalités, confirment et racontent l'histoire de la Villa Saint-Christophe.

    Ce fut à la fois extraordinaire et passionnant. Retrouver plus de 70 ans après les faits, le détail, presque au jour le jour de ce qu'a été cet épisode douloureux de la seconde guerre mondiale était tout à fait inespéré.

    Si obtenir ces documents fut ensuite relativement aisé, il faut cependant ajouter qu'ils ne furent expédiés en France que contre espèces, en l'occurrence en dollars. C'est dans le règlement de l'organisation des Archives Mennonites et il faut s'y conformer.

    En possession de ces documents et des listes d'enfants, nos historiennes se mirent à la recherche des survivants de l'époque, âgés aujourd'hui de 75 à 85 ans.

    L'un d'eux, Gilbert Susagna, devenu professeur, dont la mère a travaillé un temps à la Villa Saint-Christophe, livre son émouvant témoignage dans la préface de ce qui est un bel ouvrage qui lui, assurément, restera dans l'histoire.

    Pourquoi Canet-Plage ?

    Le Mennonites ont donc fait le choix de Canet-Plage pour installer leur établissement. Plusieurs raisons peuvent être évoquées :

    * D'abord parce que la Villa Saint-Christophe est au bord de la mer. C'est bon pour des enfants convalescents.

    * Ensuite parce que le lieu est très calme. On y dispose de grands espaces qu'il est facile de surveiller.

    * Et puis, il ne faut pas oublier que Canet-Plage est reliée à Perpignan par le tramway. On utilisera ce moyen de transport économique et pratique pour faire livrer les fournitures nécessaires à la vie quotidienne. De plus, les visiteurs peuvent gagner facilement et sans encombre la gare de Perpignan.

    D'autres œuvres d'assistance aux enfants existent en parallèle, comme les Quakers américains ou le Secours Suisse aux Enfants. Ces œuvres collaborent généralement entre elles et sont tenues d'observer une stricte neutralité dans le conflit qui oppose l'Allemagne aux Alliés.

    Le projet de maison d'enfants à Canet-en-Roussillon a pu être réalisé avec une aide importante des Mennonites américains.

    C'est le 1er avril 1941 que la Villa Saint-Christophe ouvre ses portes et elle reçoit ses premiers pensionnaires le 4 mai, trois petits Espagnols de 9, 7 et 2 ans. La première structure d'accueil se compose d'une directrice, de deux collaboratrices, d'une infirmière et d'un cuisinier.

    La colonie accueillera environ 150 enfants espagnols et une cinquantaine de diverses nationalités dont des enfants juifs.

    L'arrivée des troupes allemandes, en novembre 1942 mettra fin aux activités humanitaires de la Villa Saint-Christophe qui sera définitivement fermée en janvier 1943. Les enfants seront cependant évacués vers le château de Lavercantière, dans le Lot. De nombreux petits juifs échapperont ainsi aux convois en partance de Rivesaltes vers les camps d'extermination, via Drancy.

    Source «La Villa Saint-Christophe, maison de convalescence pour enfants des camps d'internement» Simone Chiroleu-Escudier, Mireille Chiroleu, Éric Escudier, Alliance Éditions (avril 2013) 

    Article paru dans la Semaine du Roussillon


  •  

    François, l'aîné, né en 1786. C'est lui que nous connaissons le mieux en Roussillon. Sa statue, sur la Place éponyme, pointe du doigt le Canigou. Astronome, physicien, mathématicien mais aussi député des Pyrénées-Orientales de 1831 à 1852, puis député de la seine avant d'être ministre de la Marine et des Colonies et c'est lui qui signera, le 27 avril 1848, le décret abolissant l'esclavage dans les colonies. Il décède le 2 octobre 1853 à Paris.

    Le destin des six frères Arago

    Statue de François Arago (Collection Jean Josset)

    Jean, le deuxième fils, né en 1788. Il quitte la France en 1815 pour – c'est lui qui parle - « donner la préférence à la cause de la liberté ».Il ira soutenir les combattants pour l'indépendance du Mexique, y deviendra directeur général du génie militaire, colonel, puis général. Il mourra du paludisme à Mexico le 9 juillet 1836, à 48 ans.

    Jacques, le troisième des fils, né en 1790, sera romancier, auteur dramatique et explorateur. Devenue aveugle en 1837, il continue de voyager, d'écrire et produire des pièces de théâtre. Son livre « Curieux voyage autour du monde » a été écrit sans utiliser une seule fois la lettre « a ». Il décédera à Rio de Janeiro, au Brésil, en 1854.

    Victor, quatrième des fils, né en 1792, entre à Polytechnique en 1811, à 19 ans. Il se fera remarquer au combat en 1832 pour l'indépendance de la Belgique, conquise contre la Hollande. Vers 1855, il commande la garnison de Perpignan puis celle de l'Ile d'Aix, en Charente. Il décédera en 1867 à Versailles.

    Joseph, cinquième des fils, né en 1796, sera lui aussi militaire et, comme son frère Jean, il partira au Mexique où, après avoir fondé une famille, il terminera sa carrière comme colonel. Atteint lui aussi de cécité pour cause de diabète, il décède le 19 décembre 1860 à Tucabaya.

    Étienne, sixième et dernier des fils, né en 1802, sera un homme de Lettres et de théâtre, journaliste à Paris, un temps député, maire de Paris, puis Conservateur du Musée du Luxembourg.

    Article paru dans la Semaine du Roussillon


  • Antoine Redier

    Posons-nous un instant la question de savoir comment nos ancêtres, avant l'invention du réveille matin, arrivaient, à heure fixe, à mettre un terme à leur profond sommeil. A la campagne, il suffisait d'avoir un coq dans la basse-cour car, tout au long de l'année, le rythme du travail dans les champs étaient régi par le lever et le coucher du soleil. Avant les premières lueurs de l'aube, quand un coq commençaient à chanter, tous les autres l'imitaient et cela suffisait pour jeter à bas du lit tout un village.

    A la ville, les voisins d'une caserne militaire pouvaient aussi compter sur la sonnerie du clairon, dimanche et jours fériés compris, ce qui pouvait ne pas être apprécié pour tous. Certains dormeurs endurcis avaient mis au point d'invraisemblables machines qui, à un moment donné, pouvaient par exemple leur faire choir de l'eau sur le visage. Bref, lorsque, en 1847, Antoine Redier invente le premier réveille-matin à mouvement d'horlogerie, il est loin de se douter que son invention va – presque – révolutionner le monde qui travaille et lève tôt. Nous sommes à cette époque à l'orée de la révolution industrielle et de plus en plus de personnes iront travailler en usine, manufacture ou atelier, parfois en « trois huit » c'est à dire à horaire décalés. Le réveille-matin sera pour eux l'accessoire indispensable de leur assiduité au travail.

    L'art des mécanismes

    Antoine Redier, appelé familièrement Antonin, naît à Perpignan (Pyrénées-Orientales) le 22 décembre 1817 mais il ne sera déclaré en mairie que le 30 du même mois par Marie Sarda, sage-femme. Le père, Jean Redier, orfèvre à Perpignan est momentanément absent et la mère, née Élisabeth Vial, vient d'accoucher dans la maison de son père Joseph Vial, serrurier de son état.

    On ne sait rien de l’enfance de et de l'adolescence du petit Antoine sinon qu'il entrera comme apprenti chez un réputé horloger suisse, Louis Frédéric Pierrelet (1781-1854) qui, en 1828, vient de déposer un brevet concernant le perfectionnement du chronographe. Il fera ensuite son service militaire au 3ème Régiment d'Infanterie à La Fère (Aisne) puis entrera à l'École d'Horlogerie à Paris, sur recommandation de François Arago, alors professeur à l'École Polytechnique et ami de la famille Redier. Diplômé de l’École d'Horlogerie, il travaillera pendant trois années chez un autre grand horloger parisien, Henri Robert, chez qui il lui sera donné l'occasion de réparer les pendules du renommé Couvent des Oiseaux, une institution pour jeunes filles, puis, en 1842, il reprendra le fonds de l'horlogerie Duchemin, établi Place du Châtelet à Paris. Voici Antonin Redier devenu maître-horloger.

    Le 13 juin 1843, il épouse à Poitiers Virginie Bruère et leur union donnera naissance à 3 filles et 3 garçons. Un deuxième mariage, dont la date n'est pas précisée, l'unira à Marie Joséphine Michelle et 8 enfants, 5 filles et 3 garçons, naîtront de cette nouvelle union.

    Ses inventions les plus marquantes

    1842 : Il fait breveter des perfectionnements aux montres et chronomètre de poche.

    1847 : Il invente le réveille-matin

    1849 : Une montre à réveil lui vaut une médaille de bronze

    1851 : Il expose à Londres un pendule conique et un mouvement horizontal

    1852 : Invention d'un mouvement de sonneries et des calendriers appliqués à l'horlogerie

    1854 : Nouveau moteur d'horlogerie

    1858 : Il invente in micromètre chronométrique

    1859 : Présentation d'une petite pendule à réveil

    1860 : Il met au point des pendules astronomiques, une application du pendule conique, une horloge simplifiée

    1864 : Perfectionnements apportés aux baromètres métalliques

    1868 : Il améliore le fonctionnement des pendules à sonnerie avec quantième

    Ses travaux permettront au physicien Lucien Vidi (1805-1866) de réaliser le baromètre anéroïde, doté d'une capsule dite « de Vidi » qui mesure les variations de la pression atmosphérique.

    Les petites pendules huitaines – que l'on remontent tous le huit jours – construite par Redier et qui portent son nom seront à la base de la création d'une nouvelle industrie dans le village de Saint-Nicolas- d'Aliermont, en Seine-Maritime. Ces pendules seront construites et vendues par centaines de mille. Aujourd'hui, les pendules et réveil Redier sont très recherchés par les collectionneurs qui en apprécient la qualité et l'ingéniosité.

    C'est pour le compte de la Défense Nationale qu'Antoine Redier fabriquera très rapidement une pièce maîtresse du nouveau fusil Chassepot (1868), l'aiguille, dont il livrera 500000 exemplaires très rapidement.

    Fait Chevalier de la Légion d'Honneur le 23 mai 1863, il est promu Officier le 20 octobre 1878 par décret du Ministre de l'Agriculture et du Commerce à la suite de l'Exposition Universelle où la Maison Redier et Cie avait obtenu un Grand Prix.

    Antoine Redier, qui fut membre administrateur de la société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale , fondée en 1801, décédera à Melun (Seine-et-Marne) le 30 décembre 1892.

    Article paru dans « La Semaine du Roussillon »

    Acte de baptême de Antoine Redier 

    Antoine Redier