• Sœur Anne-Marie Antigo

     Le corps intact de la sainte du Roussillon

     

     Sœur Anne-Marie Antigo

    Le monastère Sainte-Claire de Perpignan abrite depuis plusieurs siècles le corps de Sœur Anne-Marie Antigo (1602-1676), offert à la vénération des fidèles et à la ferveur des Perpignanais, qui toutes générations confondues, viennent lui confier leur prière dans un cahier d'intentions.

    « Depuis près de quatre siècles, elle en a entendu des confidences, sœur Anne-Marie Antigo », confie sœur Marie-Béatrice, un des onze Clarisses du Monastère Sainte-Claire. C'est là, dans la chapelle de droite en entrant dans l'église qu'elle repose dans son cercueil de verre depuis 1878. Offerte à la vénération des fidèles et à la ferveur des Perpignanais, de toutes conditions, origines et générations confondues, qui viennent lui confier leur prière et leurs malheurs dans un cahier d'intentions. Mère Antigo est devenue la sainte de Perpignan. Tant pour sa vie, que pour le miracle de son corps conservé de manière exceptionnelle, sans aucun traitement particulier.

    Née dans le quartier Saint-Jacques de Perpignan le 19 janvier 1602, Catherine Antigo entre en 1621, à l'âge de 19 ans, au couvent royal de Sainte-Claire. Elle est reçue par la Mère supérieure Bernardine Dieulafe, sous le nom d'Anne-Marie. Elle mène une vie contemplative très intense. Elle fait partie des Pauvres Filles de Sainte-Claire, à Perpignan depuis 1271. Leur premier couvent fut crée sur la paroisse de Saint-Jacques, entre la porte de Canet et le Puig des Lépreux. Les Clarisses étaient si bien considérées par les Perpignanais, qu'à la prise de la ville, en 1344, lors des guerres de familles opposant Aragon et Majorque, le mot d'ordre était : « Astalbiau las monjas, Astalbiau las monjas ! » - (Épargnez les religieuses) – car elles faisaient le bien et soignaient malades et blessés. C'est Saint-François Borgia, alors vice-roi de Catalogne, qui après bien des tergiversations installe les Clarisses dans les nouveaux locaux, en 1548, sur la Paroisse la Réal. Ces bâtiments abriteront 26 religieuses dès le 8 janvier , par un froid intense qui ne rafraîchira pourtant pas l'enthousiasme des Perpignanais venus nombreux avec leurs Consuls. Ce couvent du fait de la volonté de Charles Quint sera appelé « Couvent Royal ».

    En 1652, lors de l'annexion du Roussillon à la France, par lettre de cachet, François de Sagarra, président en mortier du Conseil souverain du Roussillon, obtient de Louis XIV que vingt Clarisses soient expulsées au couvent Sainte-Élisabeth de Barcelone, dont sœur Antigo soupçonnées d'avoir gardé trop d'attaches avec la Catalogne sud.

    L'exil dura huit ans pour cette Clarisse intraitable qui a osé braver le roi Soleil. Durant ces huit années, l'instabilité politique s'était installée en Roussillon. Aussi pour tenter d'apaiser l'ire des Catalans, Louis XIV décide de faire son entrée solennelle dans Perpignan pour accorder quelques libéralités, le 10 avril 1660. Le lendemain, la reine Mère, Anne d'Autriche, pour apaiser les esprits,visite le couvent des Clarisses et promet d'intercéder auprès du roi pour le retour des religieuses précédemment exilées.

    En 1660, à son retour, à la tête de ses sœurs, la Mère Antigo fait un retour triomphal dans sa bonne ville de Perpignan. On prétend que dans l'enthousiasme de son retour, pour honorer la « Sainte », la foule ôte les chevaux de sa voiture et tire à bras Mère Antigo jusqu'à la cité.

    Identité catalane

    Quelques temps plus tard, des incidents répétés affectent la quiétude du couvent qui passe de la juridiction franciscaine à celle de l'ordinaire.Il s'ensuit de graves difficultés. Anne-Marie Antigo, d'apparence frêle, mais personnalité bien trempée qui jamais ne renonce, reprend la tête du mouvement des Clarisses afin de réunifier la communauté troublée par ces délicats problèmes de juridiction. Son éthique personnelle tient en trois phrases : foi en Dieu, amour du prochain et attachement à sa patrie catalane. Avec persévérance, elle fait prévaloir son souci de l'identité catalane de la communauté, en demandant des confesseurs catalans, tout en prouvant son attachement à l'église diocésaine. Après de longues et houleuses transactions avec des diverses autorités (le pape Clément IX qui lui accordera aide et protection, le chapitre de la cathédrale d'Elne, le roi Louis XIV), le petit groupe de sœur Antigo obtient gain de cause.

    La balade du corps de Mère Antigo

    Après cet événement, elle est désignée Mère abbesse. Mais avec diplomatie, ne voulant pas être imposée de force, elle attend la fin du mandat de la mère en place.L'unité de la communauté est alors rétablie. Après son triennat abbatial, on lui confie l'éducation des novices à qui elle transmet l'expérience de sa vie contemplative et de la communion fraternelle qu'elle avait fait prévaloir.

    A l'âge de 74 ans, elle voit Sainte-Anne te la vierge qui lui annoncent sa mort prochaine. Après une longue et douloureuse agonie, elle décède le 28 septembre 1676.

     

    Sœur Anne-Marie Antigo

    De son vivant elle avait acquise une renommée de sainteté, en consacrant sa vie aux pauvres. Son corps est alors déposé dans un sarcophage. Le cercueil est ouvert le 23 mai 1731, en présence de Monseigneur de Llanta qui trouve le corps préservé de toutes marques de corruption. Il en sera de même 40 ans plus tard en 1771.

    En 1793, sous la terreur, le couvent est transformé en prison et c'est en effectuant des réparations, en 1805, qu'un ouvrier qui effectue des travaux dans l'ancien couvent met à jour par hasard le cercueil. Le corps, toujours intact, est porté à l'église de la Réal. Le Sœurs de Sainte-Claire auront bien du mal à récupérer la dépouille de la Mère Antigo. Ce ne sera possible que le 29 juillet 1842. On le transfère de l'église de la Réal au couvent des Clarisses, rue Grande-la-Monnaie. Puis enfin en 1878, il déménage pour l'avenue Joffre. Mais en octobre 1940, au moment de la grande inondation de « l'Aiguat » sur le Roussillon, le voilà qui baigne dans les eaux de la Têt. Pourtant, le corps ne sera pas endommagé. Un masque de cire est alors apposé sur le visage abîmé.

    Mais Mère Antigo n'est pas au bout de ses peines. Un matin de 2005, le chevalet qui soutien le coffret casse et le corps s'en retrouve redressé… délivrant documents historiques et piécettes de dévotion populaire glissés discrètement auprès de la sainte.

    La cause de béatification et de canonisation de Mère Anne-Marie Antigo a été introduite à Rome en 1921. Elle est en attente d'être plaidée.

    Article paru dans La Semaine du Roussillon


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