• Jean-Baptiste Delhoste (1846-1919) Fondateur du premier Syndicat des Jardiniers de France

    Ce n'est pas tout à fait par hasard si le poète-écrivain Albert Saisset, dit « Oun Tal » a hérité de son arrière-grand-père, le notaire Sauveur Jaume, de quatre hectares de terre du côté des Jardins Saint-Jacques à Perpignan. Son grand-père présida la Commission syndicale du « Rec dels hortolans » (organisations agricoles), toujours aux Jardins Saint-Jacques et son père, le banquier Augustin Saisset possédait en 1870 le moulin hydraulique médiéval sur le « rec del Vernet » au lieu-dit La Poudrière, tout près de l'actuelle clinique La Roussilonnaise. Lui même fut syndic d'une « agulla » - un canal – et on connaît la rigueur avec laquelle le problème de l'eau était traité à l'époque.

    Donc, notre poète est l'un des collègues des Delhoste, dont le mas familial se situe au milieu des jardins de Neguebous. C'est dans le mas que naît Jean-Baptiste le 14 février 1846. Son père y était né en 1810 tandis que son grand-père, lui, avait vu le jour au quartier Saint-Jacques en 1782. Une lignée de maraîchers car, déjà en 1579, leurs ancêtre Jaume et Montserrat Delhosta (le nom fut francisé par la suite) payaient les taxes des agulles. La mère de Jean-Baptiste, qui fut surnommé très vite Batistou, est la fille d'un tisserand du quartier Saint-Jacques et d'autorité, elle décide que l'aîné de ses fils sera prêtre. Sans doute faisait-elle référence à l'un de ses grands-oncles, un prêtre qui émigra en Louisiane, acheta des terres sur les bords du Mississippi, participa à la campagne du Mexique, revint en France et acheva sa vie en 1865 comme chanoine de Limoges sous le pseudonyme de Jules de L'Hoste.

    Le père et le beau-père de Batistou sont Regidors de la Sanch, et l'oncle Julien est vicaire de la cathédrale Saint-Jean mais aussi archiviste de l'Association Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales – qui deviendra la S.A.S.L -. Une famille qui, on le voit, est entièrement dévouée à l'église.

    Le frère aîné, Henri, celui qui devait être prêtre, décède en 1855 au siège de Sébastopol et Jean-Baptiste devient en 1863 le responsable des exploitations de Saint-Jacques, de Saint-Estève et du Vernet.

    Il épouse en 1868 Marguerite Tarrissou, issue elle aussi d'une ancienne famille d'horticulteurs.

    Les Delhoste, maîtres de l'eau

    Malgré son jeune âge, il n'a que 22 ans, il gère avec sérieux les parts d'héritage de sa belle famille à Bajoles et à Saint-Gaudérique où elle possède les terres et caves qui deviendront en 1946 le mas de Sant-Vicenç. Il devient « hortolà » et viticulteur, affirmant au fil des années une personnalité et un savoir-faire qu'il doit à la gestion de l'eau. Car il a de qui tenir, le Batistou : le 10 fructidor de l'an IX, son arrière-grand-père Joseph Delhoste-Mirous était élu syndic de « l'agulla de Saint-Mamet i Malprat ». Le 21 mars 1824, son grand-père Julien Delhoste le devenait « en remplacement de son père décédé au cours de l'année » et occupera cette fonction pendant trente ans. Le 24 mars 1867, son père Jean est à son tour élu syndic en remplacement de Jean Brousse et enfin, de juin 1879 jusqu'à sa mort, Jean-Baptiste Delhoste sera d'abord syndic puis directeur-syndic du canal.

    Les Delhoste sont donc restés près de 120 ans au service de l'eau, cette eau précieuse qui est la vie de l'horticulture, le poumon vert du Roussillon. Car on va demander à Jean-Baptiste de prendre également en gestion les canaux du Vivier du Champ de Mars, de Vernet de Pia et enfin le ruisseau des Jardins Saint-Jacques. Le voici patron, pour ainsi dire, de la distribution d'eau d'irrigation de la majeure partie de la plaine roussillonnaise.

    Avec diplomatie, Jean-Baptiste négocie avec les notables urbains qui vont céder progressivement la place aux patrons-jardiniers, plus nombreux tous les ans et mieux organisés, curieux de progrès et avides de connaissances nouvelles.

    Après la Révolution et ses soubresauts, les « hortolans » se replient et attendent des jours meilleurs. En 1840, les premières tentatives de regroupement mutualiste voient le jour en France, en 1842, Sauveur Trapé, dont les ancêtres ont appartenu à la Conférence des Jardiniers, lance la Société de Bienfaisance des Brassiers de la paroisse Saint-Jacques et la réal, un projet qui échouera. En 1847, une Société d'Horticulteurs est crée par les jardiniers Conort et Ferréol Pomès dont le siège est Place du Puig. Le coup d'état de Napoléon III de 1851 la fera également disparaître.

    C'est la loi du 21 mars 1884 sur la liberté d'association qui permettra la création d'un mouvement à la tête duquel se trouvera Jean-Baptiste Delhoste. L'arrivée du chemin de fer en 1859 avait déjà profondément modifié l'économie agricole. On passe de 7140 tonnes de primeurs expédiées en 1879 à 20255 tonnes en 1913 et certains producteurs estiment qu'il faut ouvrir un marché de gros car la concurrence est désorganisée, certains expédiant directement leurs produits vers Bordeaux, Lyon ou Paris. En 1850, les jardiniers possèdent 144 emplacements sur la Place de la république et en 1880 ils sont 450.

    Le premier syndicat de France

    C'est une nuit d'hiver de l'an 1884 que Jean-Baptiste Delhoste réunit tous les jardiniers de Perpignan au théâtre de l'Alcazar, sur les bords de la Basse. La première chambre syndicale est constituée et désigne les vingt membre de son premier bureau. Jean-Baptiste Delhoste précise : « À la presque unanimité, j'obtins la présidence et, séance tenante, les membres présents se firent inscrire, prirent le livret et versèrent leur première cotisation ».

    215 chefs d'exploitation signent le document historique dont l'original a été conservé par le petit-fils du fondateur, Julien Delhoste, décédé à Pézilla-de-la-Rivière en 1985.

    La première chambre syndicale des jardiniers de France venait de voir le jour à Perpignan. Mais la création du marché de gros, hors la Place de la république, ne se réalise pas facilement, certains jardiniers y étant opposés. Enfin, le 28 mars 1897, le Conseil Municipal de Perpignan vote son transfert et le 16 mars 1899 à lieu l'inauguration au lieu-dit La Pépinière, le long des rives de la Têt.

    Avec son frère Henri et son collègue le conseiller municipal Julien Barate il va créer les premières entreprises industrielles de compost et d'engrais. En 1904, c'est l'Assurance Mutuelle des Jardiniers de Perpignan qui voit le jour. Ils sont une dizaine en 1904 puis 40 en 1916, refusant le « suicide » en ne cédant pas aux avances de la Roussillonnaise en 1911.

    Mais jusqu'à sa mort, jean-Baptiste Delhoste s'adonnera à d'autres occupations, bénévoles mais toujours liées à la profession. Allant chez les uns et les autres, au gré des conflits, il va régler à l'amiable, dans la majorité des cas, des désaccords d'eau, de succession, de délimitation de terres. Sa probité, son attachement à la langue maternelle font que l'évêque Monseigneur De Carsalade du Pont, « el bisbe dels catalans » comme on l'appelait, est venu passer quelques après-midi au mas de Neguebous. Les successeurs de Batistou à la tête du syndicat ont pour nom François Piqué, Raphaël Pomés et François Taillade. Ils pérennisent la mémoire multiséculaire des « Hortolans de Perpinyà ».

    Au début des années 80 était inauguré à Saint Charles le Marché au Cadran. Une exposition sur la fondation en 1884 de la Chambre Syndicale des Jardiniers de Perpignan et des environs fut organisée par Jacques Deloncle, à la demande de Joseph Palau, adjoint au maire de Perpignan. C'est à cette occasion que le portrait de Jean-Baptiste Delhoste était enfin retrouvé et dévoilé au public.

     Jean-Baptiste Delhoste (1846-1919)

    La répartition de l'eau d'arrosage

    Elle se faisait par rapport à une surface donnée selon les « tours » d'arrosage codifiés avec précision dans le règlement. Au point de départ de la prise d'eau se situait une pierre percée d'un orifice circulaire, « l'ull » par lequel passait l'eau. Cet orifice était soigneusement rebouché après usage.

    Le partage quotidien de l'eau est devenu très tôt la cause principale de l'organisation des hortolans entre eux.

    Pour une totale efficacité du volume disponible, les moulins pouvaient utiliser l'eau la nuit et les maraîchers la reprenaient au lever du jour.

    Il pouvait exister plusieurs catégories en fonction de la valeur de la terre et de leur besoin en eau. Par exemple, le maraîchage était classé en 1ère catégorie tandis que le verger, ayant de moins d'eau était classé en 2ème catégorie.

    Le tout était soumis à un strict règlement et tout contrevenant était fortement verbalisé.

    Article paru dans la Semaine du Roussillon


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique