• Grand diplomate et gouverneur du Roussillon

    Périllos, un village dont les seigneurs qui portent son nom se sont illustrés en Catalogne et ailleurs, au plus haut niveau de la diplomatie des royaumes d'antan.

    Ramon de Perellós

    Hier village abandonné, aujourd'hui en vois de réhabilitation, Périllos pourrait bien revoir l'animation dans ses ruelles d'ici peu. Car, grâce à l'association « Terres de pierre », en phase avec la municipalité d'Opoul, un premier bâtiment a été entièrement restauré et un permis de construire va été accordé pour la remise en état de l'ancienne école. On sait que, grâce au radar météorologique installé à proximité, l'électricité est également disponible à Périllos. Reste cependant à résoudre le problème de l'eau et de l'assainissement pour que le village renaisse à la vie. Comme quoi, rien n'est définitivement perdu en ce monde et les illustres ancêtres ayant écrit de belles pages de notre histoire roussillonnaise en serait fort aise, n'en doutons pas.

    Et en voici une belle histoire vécue par l'un des Ramon de Perellós en l'an 1397, (ils sont plusieurs à porter le même nom) une aventure attestée par les historiens et pourtant peu connue du grand public :

    Ramon de Perellós

    Fils de Francesc de Perellós et probablement de Catarina, il sera le premier vicomte de Perellós et le second de Rueda, en Catalogne. Il est éduqué à la cour de France et fut page de Charles V au service duquel se trouvait son père. En 1370, Enric de Trastàmara lui fait donation d'Igualada mais il y renonce en héritant de la vicomté de Rueda. Faisant partie de la ligue nobiliaire agissant contre les vicomtes de Cardona et de Castellbò, il est envoyé en Angleterre pour négocier une alliance avec le duc de Lancaster. En revenant de Saint Jaume de Galicia, il est fait prisonnier en 1374 à Granada. Pere III de Catalogne-Aragon obtient sa libération en payant une rançon. Trois ans plus tard, on le retrouve comme patron d'une galère du roi de Chypre puis comme majordome, camerlingue et conseiller de l'Infant Joan. Ce dernier lui vend les lieux du Boulou, Thuir et Montesquieu.

    En 1396, Ramon de Perellós est envoyé en mission auprès du comte d'Armagnac et du roi de France pour tenter d'éviter une invasion. Il se trouve en Avignon, auprès du pape, au moment où meurt au mois de mai je roi Joan Ier, victime d'une chute de cheval. Celui qu'on a appelé Joan le Chasseur mais aussi Joan le Négligent n'a pas été un homme d'État. Si les historiens le décrivent comme tolérant, toujours prêt à aider les démunis, il est trop léger et indécis.

    Quelques jours après, le 2 juin 1396, à l'instigation des villes royales et spécialement de Barcelone, la reine Maria, l'épouse du nouveau roi Marti l'Humà, frère de Joan Ier, ouvre le procès dit du Conseil de Joan Ier dans lequel trente-quatre fonctionnaires et conseillers du roi sont accusés : 1) d'avoir formé une ligue pour gouverner selon leurs convenances. 2) d'avoir mal conseillé le roi. 3) d'avoir accepté des subordinations en affaires de politique, d'administration et de justice. 4) ils sont en outre accusés d'avoir causé ou motivé la mort du roi, intervenue sans confession.

    Les prévenus sont Berenguer Marc de Montesa, Eiximen Peris d'Arenós, Eimeric de Centelles, Asnar Pardo, Bernat Margarit, Francesc Sagarriga, Hug d'Anglesola, Jaume Pallarès, Ramon de Perellós, Ponç de Perellós, Ramon Alemany de Cervelló (gouverneur de Catalogne), Guillem et Joan de Vallseca, Joan Mercader, Joan Desplà et Gabriel Cardona (juristes à la Cour), Esperandeu Cardona (vice-chancelier de Catalogne), Pere de Berga (conseiller et régent de la Chancellerie), Bartomeu Sirvent (protonotaire), Bernat Metge (secrétaire), Julià Garrius (trésorier), Joan Garrius (régent de la Trésorerie), Mateu de Lloscos (commissaire du roi de Majorque), Luchino Scarampi, Juan Don Sancho, Berenguer de Cortilles et Ramon Traginer (de Perpignan, préteurs du roi). Esperandeu Cardona et Joan Garrius furent également accusés d'avoir empoisonné leurs épouses.

    Informé de cette accusation qu'il juge inique et pour s'en libérer, Ramon informe le pape, qui tente en vain de l'en dissuader, qu'il va se rendre au Purgatoire pour y rencontrer l'âme du roi défunt et prouver par là qu'elle n'est pas en danger de damnation. Joan Ier, homme superstitieux, avait avant sa mort demandé à Ramon de Perellós, alors gouverneur du Roussillon qu'il lui transmette les écrits d'un chevalier qui disait être allé au Purgatoire de Saint Patrick. Mais comment, de son vivant, se rend t-on au Purgatoire ?

    Voyage dans l'eau delà

    Il faut savoir que, dès le XIIème siècle, court en Europe une légende d'outre-tombe selon laquelle il existe en Irlande, sur une île du lac Drag, une grotte appelée Purgatoire de Saint Patrick. Ramon de Perellós, accompagné du chevalier Guillaume de Courcy fait le voyage en Irlande où il est aimablement reçu par le roi Nelan O'Neill. Doté d'un sauf-conduit et d'une escadre de vingt hommes, il se rend sur l'île, à l'entrée de la grotte. Il fait son testament, assiste à une à une messe pour le salut de sa propre âme et adoube chevalier ses deux fils Thomas et Pere. Il entre ensuite dans la grotte avec Guillaume de Courcy. Ce qui se passe dans la grotte, il le racontera à son retour d'abord au pape puis l'écrira dans un livre intitulé « Voyage au Purgatoire ». Il y explique que, parmi les âmes admises au Purgatoire, il a bien trouvé celle du roi Joan Ier lequel lui a dit qu'il était « via de salvació », n'étant en aucune façon voué à la damnation.

    Il faut croire que cette explication fut suffisante puisque Ramon de Perellós, appuyé par le pape, fut absout par le roi Marti. On le retrouve ensuite en Sicile avec l'armée du roi.

    Quand Benoît XIII rencontre quelques difficultés en Avignon, Ramon de Perellós devient son lieutenant pour aller à Paris et obtenir pour le pape la protection des troupes du duc d'Orléans, de 1398 à 1401. Il va d'ailleurs passer quelques années au service du souverain pontife.

    En 1410, de retour en Catalogne, il est l'un des représentants du Parlement catalan à celui d'Aragon et devient l'un des procureurs du comte d'Urgell, d'abord aux Corts de Barcelone puis à Lleida où il jure fidélité au comte Ferran Ier. Celui-ci va l'envoyer à la tête des compagnies gasconnes qui avaient la charge de secourir le gouvernement de València. Arrivées trop tard à la bataille de Morvedre, les compagnies gasconnes pourront cependant disperser les troupes castillanes à Castelló.

    De 1416 à 1419, année de sa mort, Ramon de Perellós est député de la Generalitat de Catalunya. Veuf de Sibilla, il était remarié à Violant de Lima qui lui a survécu.

    Article paru dans La Semaine du Roussillon


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