• Antoine Redier

    Posons-nous un instant la question de savoir comment nos ancêtres, avant l'invention du réveille matin, arrivaient, à heure fixe, à mettre un terme à leur profond sommeil. A la campagne, il suffisait d'avoir un coq dans la basse-cour car, tout au long de l'année, le rythme du travail dans les champs étaient régi par le lever et le coucher du soleil. Avant les premières lueurs de l'aube, quand un coq commençaient à chanter, tous les autres l'imitaient et cela suffisait pour jeter à bas du lit tout un village.

    A la ville, les voisins d'une caserne militaire pouvaient aussi compter sur la sonnerie du clairon, dimanche et jours fériés compris, ce qui pouvait ne pas être apprécié pour tous. Certains dormeurs endurcis avaient mis au point d'invraisemblables machines qui, à un moment donné, pouvaient par exemple leur faire choir de l'eau sur le visage. Bref, lorsque, en 1847, Antoine Redier invente le premier réveille-matin à mouvement d'horlogerie, il est loin de se douter que son invention va – presque – révolutionner le monde qui travaille et lève tôt. Nous sommes à cette époque à l'orée de la révolution industrielle et de plus en plus de personnes iront travailler en usine, manufacture ou atelier, parfois en « trois huit » c'est à dire à horaire décalés. Le réveille-matin sera pour eux l'accessoire indispensable de leur assiduité au travail.

    L'art des mécanismes

    Antoine Redier, appelé familièrement Antonin, naît à Perpignan (Pyrénées-Orientales) le 22 décembre 1817 mais il ne sera déclaré en mairie que le 30 du même mois par Marie Sarda, sage-femme. Le père, Jean Redier, orfèvre à Perpignan est momentanément absent et la mère, née Élisabeth Vial, vient d'accoucher dans la maison de son père Joseph Vial, serrurier de son état.

    On ne sait rien de l’enfance de et de l'adolescence du petit Antoine sinon qu'il entrera comme apprenti chez un réputé horloger suisse, Louis Frédéric Pierrelet (1781-1854) qui, en 1828, vient de déposer un brevet concernant le perfectionnement du chronographe. Il fera ensuite son service militaire au 3ème Régiment d'Infanterie à La Fère (Aisne) puis entrera à l'École d'Horlogerie à Paris, sur recommandation de François Arago, alors professeur à l'École Polytechnique et ami de la famille Redier. Diplômé de l’École d'Horlogerie, il travaillera pendant trois années chez un autre grand horloger parisien, Henri Robert, chez qui il lui sera donné l'occasion de réparer les pendules du renommé Couvent des Oiseaux, une institution pour jeunes filles, puis, en 1842, il reprendra le fonds de l'horlogerie Duchemin, établi Place du Châtelet à Paris. Voici Antonin Redier devenu maître-horloger.

    Le 13 juin 1843, il épouse à Poitiers Virginie Bruère et leur union donnera naissance à 3 filles et 3 garçons. Un deuxième mariage, dont la date n'est pas précisée, l'unira à Marie Joséphine Michelle et 8 enfants, 5 filles et 3 garçons, naîtront de cette nouvelle union.

    Ses inventions les plus marquantes

    1842 : Il fait breveter des perfectionnements aux montres et chronomètre de poche.

    1847 : Il invente le réveille-matin

    1849 : Une montre à réveil lui vaut une médaille de bronze

    1851 : Il expose à Londres un pendule conique et un mouvement horizontal

    1852 : Invention d'un mouvement de sonneries et des calendriers appliqués à l'horlogerie

    1854 : Nouveau moteur d'horlogerie

    1858 : Il invente in micromètre chronométrique

    1859 : Présentation d'une petite pendule à réveil

    1860 : Il met au point des pendules astronomiques, une application du pendule conique, une horloge simplifiée

    1864 : Perfectionnements apportés aux baromètres métalliques

    1868 : Il améliore le fonctionnement des pendules à sonnerie avec quantième

    Ses travaux permettront au physicien Lucien Vidi (1805-1866) de réaliser le baromètre anéroïde, doté d'une capsule dite « de Vidi » qui mesure les variations de la pression atmosphérique.

    Les petites pendules huitaines – que l'on remontent tous le huit jours – construite par Redier et qui portent son nom seront à la base de la création d'une nouvelle industrie dans le village de Saint-Nicolas- d'Aliermont, en Seine-Maritime. Ces pendules seront construites et vendues par centaines de mille. Aujourd'hui, les pendules et réveil Redier sont très recherchés par les collectionneurs qui en apprécient la qualité et l'ingéniosité.

    C'est pour le compte de la Défense Nationale qu'Antoine Redier fabriquera très rapidement une pièce maîtresse du nouveau fusil Chassepot (1868), l'aiguille, dont il livrera 500000 exemplaires très rapidement.

    Fait Chevalier de la Légion d'Honneur le 23 mai 1863, il est promu Officier le 20 octobre 1878 par décret du Ministre de l'Agriculture et du Commerce à la suite de l'Exposition Universelle où la Maison Redier et Cie avait obtenu un Grand Prix.

    Antoine Redier, qui fut membre administrateur de la société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale , fondée en 1801, décédera à Melun (Seine-et-Marne) le 30 décembre 1892.

    Article paru dans « La Semaine du Roussillon »

    Acte de baptême de Antoine Redier 

    Antoine Redier


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