• 1930-1936  Les ferments du conflit

    Le 17 août 1930, la majorité des partis de gauche, les anti-monarchistes de toutes tendances et les autonomistes catalans signent le « pacte de San-Sébastian ». Cette coalition a été facilitée par le renoncement au pouvoir du général Miguel de PRIMO de RIVERA le mois de janvier précédent. Appelé à la tête du gouvernement le 13 septembre 1923 par le roi Alphonse XIII, il a rapidement instauré une dictature, assouplie fin 1925.

    Le 12 avril 1931, les républicains enlèvent les élections municipales. La IIe République est proclamée le 14 avril. A Barcelone, Francesc Macià fait de même avec la République catalane.

    Le roi Alphonse XIII renonce au pouvoir et s’exile en France.

    Aux élections législatives de juin 1931, la gauche remporte une nouvelle victoire. La Constitution de décembre 1931 proclame l'Espagne : République démocratique. Elle institue le parlementarisme, le suffrage universel est étendu aux femmes et aux soldats, les titres de noblesse sont abolis, le divorce autorisé. Le 15 septembre 1932, le statut d’autonomie de la Généralité de Catalogne est adopté par les Cortés de Madrid. La loi agraire du même jour permet l'expropriation des grands Latifundios d'Andalousie, d'Extrémadure, de Manche, des régions de Tolède et de Salamanque.

    Première rébellion de Sanjurjo en 1932

    Mais les grandes réformes votées dans l'enthousiasme en 1931-1932 restent en grande partie sur le papier. Les violences antireligieuses, sanglantes comme en mai 1931 et les grèves se succèdent. Le climat est très tendu. Cependant l’opposition de droite s’organise. En février 1932, José Maria Gil Robles fonde la Confédération espagnole des droites autonomes.
    (CEDA) qui rassemble les partis cléricaux et ultra-conservateurs. Le 20 août 1932, le général Sanjurjo tente un coup d'État à Séville qui est réprimé.

    En octobre 1933, José Antonio Primo de Rivera, le fils du dictateur, fonde la Phalange espagnole, un parti nationaliste qui crée le fascisme à l’espagnole. En novembre 1933 l’Espagne républicaine, jusqu’alors dirigée par la gauche, passe sous un
    gouvernement de centre droit qui s'emploie à défaire les réformes mises en route par ses prédécesseurs. Depuis le 30 janvier, Hitler est chancelier du Reich. En Italie, la dictature de Mussolini est bien installée.

    Avec la montée des régimes autoritaires, l’opinion républicaine craint pour la République et la démocratie. Lorsque le 4 octobre 1934 le gouvernement s’ouvre à des ministres de la CEDA, autrement dit de la droite fascisante, la gauche appelle à la grève générale. Lancé le 5, le mouvement est extrêmement dur dans les mines des Asturies où, après une semaine de luttes, les légionnaires et les troupes maures de Franco le répriment dans le sang. En Catalogne, le gouvernement légal s’insurge également. Pour le président de la Généralité, Lluís Companys, la Catalogne « ne peut être absente de la protestation qui triomphe dans le pays tout entier ». Le 6, il proclame l'État catalan de la République fédérale espagnole. Le 7 au petit matin, le gouvernement catalan est fait prisonnier ; l’état de siège instauré. Le statut d’autonomie est suspendu, un gouverneur installé, Companys et ses ministres condamnés à trente ans de prison.

    Les élections législatives du 18 février 1936 sont l’occasion d’une revanche pour la gauche (républicains, socialistes, trotskiste du Parti ouvrier d’unification marxiste et communistes) unie désormais dans un Frente Popular. C’est la fin du « Bienio negro ». A Madrid, Manuel Azaña installe un gouvernement républicain. Amnistiés, Companys et ses ministres réintègrent le palais de la Généralité à Barcelone. Franco est envoyé en exil forcé aux Canaries.

    Les mois qui suivent sont ceux d’une intense agitation et de violences : confiscations sommaires de terres par les paysans, pillages, incendies d'églises, séminaires, monastères et journaux d'opposition, grèves générales et partielles, etc.

    Ces troubles contribuent à rallier une partie de l'opinion modérée, bourgeoise et catholique aux adversaires les plus résolus du régime républicain : les militaires et les fascistes.
    L'assassinat, le 13 juillet 1936, du monarchiste et nouvel homme fort de la droite, José Calvo Sotelo, par des officiers de police, met le feu aux poudres et déclenche le « pronunciamiento » fomenté, dès le 8 mars, sous l’autorité du général Sanjurjo.

    Le putsch de 1936

    Le 17 juillet, les troupes du Maroc, commandées par Franco, se rebellent. Sur le continent le soulèvement est conduit par les généraux Sanjurjo, Mola et Goded. Le 18, Franco débarque dans la péninsule. Ce même jour, les garnisons de Séville, Cordoue, Grenade, Cadix, ainsi que la Galice, la plus grande partie des Asturies et du Léon, la Navarre et la Vieille-Castille se rallient à la rébellion nationaliste. Celle-ci échoue cependant à Madrid et à Barcelone. Le coup d'État que le « quarteron de généraux » avait voulu rapide et décisif est raté. C’est à partir des régions gagnées que les nationalistes organisent l’offensive anti- républicaine et la conquête du pays.

    Article paru dans La Semaine du Roussillon


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