•  Louis ESPARRE (1913-1943)

    En tant qu'agent des Services de Renseignements, il fut condamné au peloton d'exécution par les Allemands. C'était le 28 mai 1943, au Mont Valérien, il y a tout juste soixante-onze ans.

    C'est à Toulouges que naît le 29 octobre 1913 Louis Esparre, Fils de Pierre, fonctionnaire au PTT et de son épouse Isabelle Camo. Après l'École des Ponts et Chaussées et une licence en droit, il devient ingénieur des Travaux Publics. Il effectuera son service militaire dans le Génie puis revient dans le civil pour être affecté en 1937 dans le département de l'Orne comme ingénieur des Ponts et Chaussées.

    Mobilisé au début de la seconde guerre mondiale, il fait la campagne de France ce qui lui vaut déjà une citation à l'ordre du régiment. Le voici sous-lieutenant. Démobilisé après la « drôle de guerre » et l'armistice demandé par Pétain, il reprend son poste d'ingénieur dans l'Orne et son travail lui donne accès à tous les terrains d'aviation du secteur.

    Dès septembre 1940, il est recruté par un ancien officier du Service Renseignements, le S. R. Air, pour entrer en résistance et il devient rapidement le chef du secteur Normandie, monté en 1941 et qui dépend du poste principal de Limoges.

    Cette année-là, Louis Esparre épouse Jacqueline Doucet, la sœur d'un ami de promotion aux Ponts-et-Chaussée, Pierre Doucet, qui entrera également dans le réseau de Résistance.

    Le travail d'Esparre sera de fournir à ses supérieurs des croquis et des photos d'avions en bois et de matériel de camouflage que les Allemands utilisent pour tromper l'aviation alliée. La parfaite connaissance des aérodromes de la région sera un atout pour lui. Car, en effet, pour éviter les bombardements de nuit, les Allemands avaient aménagé, en parallèle à la vraie, de fausses pistes d'atterrissage où stationnaient de faux avions en bois. Lors des alertes, ils mettaient le feu à quelques- uns de ces leurres pour que les tirs de l'aviation alliée soient concentrés sur ce secteur et non pas sur l'aérodrome, laissé dans le noir. Esparre sait que ces leurres sont fabriqués à Caen et Pierre Doucet dénichera l'atelier de reproduction des plans. Appartenant à Henri Brunet, cet atelier a été réquisitionné par les Allemands et Brunet reproduit pour eux tous les plans, depuis les fameux avions en bois jusqu'aux travaux secrets des fortifications de la côte normande en cours de réalisation.Au péril de sa vie, et malgré une étroite surveillance allemande, Brunet s'organisera pour faire un tirage supplémentaire de tous les documents, plus de 4000 en tout.

    Tous ces plans, Esparre les fera parvenir à Paris et ils seront transmis à Londres. Certains plans déterminent les routes suivies par les bombardiers allemands se dirigeant vers l'Angleterre.

    Retour à Perpignan

    Mais Esparre est prévenu que des soupçons se portent sur lui. Sa vie est en danger. Sa hiérarchie, aux Ponts et Chaussées, va réagir rapidement et il est muté en zone libre, à la préfecture de Perpignan, en juin 1941. Il sera remplacé à la tête du réseau par celui qui était son adjoint, Robert Jeanne, officier de réserve de l'armée de l'Air et deux ingénieurs l'assisteront. En fait les Allemands avaient des soupçons sur le travail d'Henri Brunet et mieux valait isoler les personnes gravitant autour de lui.

    Malgré une perquisition effectuée dans son atelier, Brunet va continuer à reproduire clandestinement les photocalques des plans allemands.

    A Perpignan , Esparre a en charge l'entretien du réseau routier de dix-sept communes. Il supervisera également le renforcement des rives de nos rivières contre les inondations. On lui attribuera le 10 novembre 1942 le contrôle des transports de marchandises. A ce moment-là, tout le pays est occupé par les Allemands.

    Le 11 novembre 1942, les Allemands déclenchent une vaste offensive militaire sur tout le territoire. Dans l'Orne, Henri Brunet et Robert Jeanne sont arrêtés. Un à un, les membres du réseau sont neutralisés et emprisonnés.

    Le 18 décembre, au petit matin, Louis Esparre subit une perquisition de la Gestapo à son domicile et il est emmené. Il sera d'abord interrogé à l(hôtel de la Loge puis transféré à la prison de Fresnes, à Paris. Le 4 janvier seulement, la famille recevra un courrier de la police allemande l'avisant qu'il est détenu à Fresnes.

    Les prisonniers, en attente du Conseil de Guerre, n'ont droit qu'à une sortie de 10 minutes par semaine. La faim les tenaille, et pendant la détention de son mari, l'épouse de Louis Esparre, Jacqueline, donnera naissance à un garçon, le 3 février 1943. Louis ne l'apprendra que le 10 avril. Pour faire parvenir des nouvelles à ses proches, il usera de stratagèmes, par exemple un papier, écrit avec une patte de poulet et plié en quatre dans le couvercle d'un pot de confiture. Mais les épreuves les plus dures sont les interrogatoires. On saura plus tard que Louis Esparre a été torturé pendant plusieurs mois et qu'il n'a jamais parlé.

    Procès et verdict

    Le procès va se dérouler à Fresnes du 1er au 10 mai 1943. Un colonel allemand préside le tribunal et la consigne est de protéger sans faiblesse le Reich et le peuple allemand. En conséquence le verdict tombe, le 11 mai. La peine de mort est prononcée pour espionnage à l'encontre des six membres du réseau, dont Henri Brunet, Louis Esparre et son beau-frère Pierre Doucet. Les autres membres seront condamnés à des peines de prison. Dans l'après-midi du 17 mai, le père, la mère et l'épouse de Louis Esparre sont admis auprès du condamné qui verra pour la première fois, mais aussi la dernière, son petit garçon âgé de trois mois. Une visite d'à peine un quart d'heure dont on devine l'énorme poids émotionnel.

    Le 28 mai, dans la missive à ses parents, Louis Esparre, porté par la foi, dit qu'il pardonne tout le mal qu'on a pu lui faire et qu'il priera, de là-haut, même pour ceux qui ont contribué à le conduire au sacrifice suprême.

    L'aumônier allemand, qui a assisté à l'exécution, dira que Louis Esparre est mort en héros, qu'il a refusé d'être attaché et d'avoir les yeux bandés. Il tombera sous les balles ce 28 mai 1943 à 16 heures, au Mont Valérien, en même temps que son beau-frère Pierre Doucet et Robert Jeanne en criant : Vive la France !

    Louis Esparre fut d'abord inhumé au cimetière d'Ivry mais, par la suite, son père fit revenir sa dépouille à Perpignan où des obsèques solennelles furent célébrées le 10 octobre 1945. Il repose désormais à Toulouges, dans le caveau familial. Son beau-frère, Pierre Doucet a été inhumé à Sées, dans l'Orne, aux côtés de ses parents.

    Le 17 août 1948, lors de l'anniversaire de la libération de Perpignan, un petit garçon, en larmes, recevra pour son père la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur, devant le Monument aux Morts et les troupes présentant les armes.

    A titre posthume, Louis Esparre a été décoré de la Croix de Guerre avec palme et il a été cité à l'Ordre de l'Armée.

    Les villes de Perpignan, Juvigny-sous-Andaine (Orne) et Toulouges ont honoré la mémoire de Louis Esparre en lui dédiant des noms de rues ou de places.

     Louis ESPARRE (1913-1943)

    Article paru dans « La Semaine du Roussillon »


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