• Héros adulé puis déchu et exclu du Parti Communiste

    André Marty (1886-1956)

    Marty André -1921

    Il fut un personnage très controversé dans la haute hiérarchie du parti communiste français. D'abord un héros de stature internationale puis écarté et enfin exclu pour des fautes qu'il nia avoir commises.

    Il serait vain et prétentieux de vouloir décortiquer en quelques ligne « l'affaire Marty » qui, dans les années 1950, défraya la chronique. Marty était cependant catalan, fils et petit-fils de Catalans d'origine modeste de Fontpédrouse. Jamais, semble-t-il, il ne renia ses origines, ni ses convictions. Sans doute est-ce là un destin exceptionnel, autant par la personnalité de l'homme que par la complexité de ses relations avec l'appareil dirigeant de l'époque. André Marty, fils d'Isidore, lui même condamné à mort par contumace en 1871 pour sa participation à la Commune de Narbonne, naît à Perpignan le 6 novembre 1886. Déjà, l'histoire d'Isidore n'est pas banal. Mobilisé en 1870, il avait été affecté au dépôt de Narbonne avant de partir avec son régiment sur la Loire. De retour après l'armistice, il participa, avec la majorité de son bataillon à la Commune de Narbonne, proclamée le 24 mars 1871. Le mouvement ayant échoué, Isidore se déguisa en prêtre pour passer en Espagne et échapper au procès qui le condamnera. De Barcelone à Buenos-Aires et à nouveau à Barcelone où il sera cuisinier, s'écoulent quelques années d'oubli. Il reviendra en France en 1881 en empruntant l'identité de l'un de ses frères, épousera Angélique, une blanchisseuse, et le couple exploitera longtemps un débit de boissons qui deviendra qui deviendra hôtel-restaurant dont l'arrière-salle accueille des réunions politiques. Trois fils, André en 1886, Michel en 1890 et Jean en 1893 naîtront de leur union.

    Élève au collège de Perpignan, André Marty y est « moyen, laborieux », selon ses professeurs, puis très bon en terminale-mathématiques où il conquiert tous les prix sauf en philosophie. Bachelier ès-sciences, il entre en 1905 à l'École Supérieure Professionnelle dite École Rouvière, à Toulon, afin de préparer l'École des matelots élèves mécaniciens de la Marine. Pour un stupide accident, une brûlure à la main droite, il ne peut passer le concours d'entrée à cette école. Très déçu, il revient à Perpignan et fait son apprentissage de chaudronnier sur cuivre chez un mécanicien de la ville. Celui-ci et un ingénieur des travaux publics du nom de Mognier l'introduisent à la Loge maçonnique Saint-Jean des Arts et de la Régularité de Perpignan (Grande Loge de France).

    Le 20 juin 1907, il participe activement à l'assaut de la Préfecture de Perpignan avec les vignerons du Midi en révolte. Cet événement le marque et c'est à cette date, affirme-t-il, qu'il fait remonter sa prise de conscience révolutionnaire. En 1908, il entre dans la Marine militaire comme matelot mécanicien chaudronnier. Reçu premier au concours, son engagement est de deux ans, en plus du service militaire. Il y restera en fait plus de dix ans. En 1912, Marty collabore sous un pseudonyme à la rédaction de l'hebdomadaire « Le Cri du Marin » et un article sur la catastrophe du cuirassé Masséna provoque l'interdiction du journal. Il se dit « influencé par les idées syndicalistes révolutionnaires des ouvriers de l'Arsenal ». Il participe aux travaux de la Loge l'Action Écossaise (Grande Loge de France) mais, à partir de 1914, il n'a plus l'occasion de fréquenter les milieux maçonniques.

    Officier, mutin et condamné…

    En juin 1914, il est reçu premier au concours des élèves officiers mécaniciens et fait toute la guerre sur les unités combattantes. Sa volonté est de ne pas rompre avec ses origines : « carré des officiers, pour déjeuner ou dîner, les convives doivent se mettre en tenue de ville. Marty y vient toujours en bleu de travail », souligne un témoin. En juillet 1917, il est promu ingénieur mécanicien et affecté au service « machines » du torpilleur d'escadre « Projet » et, après l'armistice du 11 novembre 1918, son navire fait partie de l'escadre envoyée en Mer Noire pour combattre la Révolution russe. Marty, qui aurait demander à quitter l'armée, sans succès, est au cœur des mutineries connues sous le nom de Révolte de la Mer Noire. Son arrestation a lieu le 16 avril 1919 après qu'un projet de prendre le contrôle du torpilleur a été éventé. Les mutins voulaient entrer dans le port d'Odessa drapeau rouge au mât et donner le signal d'une opération qui paralyserait l'intervention française. La mutinerie éclata cependant le 19 avril 1919 sur le cuirassé « France ».

    acclamé par 5000 personnes à Perpignan

    Marty, le seul des mutins ayant la qualité d'officier avait réussi, de sa prison, à communiquer avec l'extérieur. Une lettre qu'il écrit à Maître Sartre, avocat à Perpignan et cousin de sa mère le 23 juin 1919 témoigne de son courage devant le risque qu'il encourt : « J'insiste sur ce que, devant une condamnation à mort très probable, je me déclare plus que jamais solidaire de tous ceux impliqués dans les affaires de la Mer Noire. Éclairez les ouvriers et les paysans sur cette énorme affaire. Les bolchevicks ne sont pas ce qu'on dit en France et on oblige les marins et les soldats à faire une besogne ignoble contre leur volonté (…) Si cela ne vous dérange pas trop, pourriez-vous envoyer une copie de ce document et de ma déclaration de solidarité à Messieurs Ernest Lafont et Goude ? Merci » (Lafont et Goude sont des députés socialistes). Le 5 juillet 1919, Marty est condamné par le Conseil de guerre à vingt ans de travaux forcés, vingt ans d'interdiction de séjour et à la dégradation militaire.

    La presse ouvrière se mobilise pour demander l'amnistie des mutins et en particulier celle d'André Marty. Pour la première fois, en 1921, les forces de gauche soutiennent unanimement la candidature de Marty à l'élection municipale de Charonne. En fait, cette initiative ayant fait boule de neige, il sera élu quarante-deux fois entre octobre 1921 et juillet 1923, de Paris à Perpignan (ou il est élu conseiller général) de Lyon à Hyères. Il est même élu au Soviet de Moscou par les ouvriers de l'usine « Dynamo ». Le 22 juillet 1922, une première amnistie libère les marins de la Mer Noire, sauf Marty. Selon le Bulletin officiel de la Grande Loge de France N° 21, de mars 1923, l'intervention pressante de la franc-maçonnerie aurait contribué grandement à sa libération et à sa grâce, ratifiée par le Conseil des Ministres du 20 juillet 1923. Le 18 juillet, deux jours avant le Conseil des Ministres, Marty avait été reçu triomphalement à Perpignan et, le 22, cinq mille personnes l'acclamaient Place de Catalogne. Il entrait dans l'histoire, au plan national et international, comme le « Héros de la Mer Noire ».

    Une ascension irrésistible

    A cette époque, André Marty n'est pas encore adhérent du Parti Communiste. C'est de Perpignan après avoir démissionné de la franc-maçonnerie, qu'il fait sa démarche d'adhésion, en septembre 1923. « L'Humanité » du 27 septembre en fait état. Au Conseil Général, en désaccord avec les socialistes, il démissionne avec éclats le 2 octobre 1923. Dès lors, il ne manquera aucune occasion pour attaquer le Bloc des gauches (les radicaux) et la S.F.I.O. Au Congrès de la Fédération communiste des P.O. Des 12 et 13 janvier 1924, Marty présente les nouveaux statuts fédéraux. A Lyon, il est fêté par les participants. A la demande du parti et pour assurer la victoire en 1924 il se présente en Seine-et-Oise où il est élu député, loin devant son second. A la Chambre, il se fait remarquer par la violence de ses propos et de ses actes : un jour, il sort de sa poche un nerf de bœuf et le fait tournoyer sur la tête des socialistes. « Ce fut une erreur », reconnut-il en juin 1926. Envoyé en URSS comme délégué parlementaire auprès du Comité directeur, il y est reçu avec les honneurs. Dès son retour « il se prononce contre l'opposition interne et suit fidèlement toutes les évolutions de la direction stalinienne ». Il est élu au Comité Central du parti en janvier 1925 et fustige de plus belle l'opposition. Pour son activité antimilitariste, il est condamné, à sept reprises, à un total de six ans de prison, en 1925 et 1926. Dans une lettre qu'il adresse au maréchal Foch, au sujet de la menace bolchevique, il écrit : « (…) le jour où vous voudriez recommencer le crime de 1919, nous ferons tout, avec l'appui entier de notre Parti communiste, pour que, cette fois-ci, les soldats et les marins ne se contentent plus de refuser et de marcher, mais pour qu'ils mettent leurs armes au service des ouvriers (…) ». Cette déclaration lui vaudra la levée de son immunité parlementaire, son arrestation et sa condamnation. Bien que ses relations avec la direction du Parti ne soient pas des meilleures. Marty est très populaire et il est élu au Bureau politique en 1929 puis devient le délégué de la France au Komintern. Rentré de Moscou en 1931, on le dit «agressivement hostile à Thorez. Marty travaille beaucoup, il a un sens politique indiscutable mais collaborer avec lui n'était pas facile, il se mettait dans une colère folle, insultant grossièrement ceux dont il était mécontent ». Élu en 1935 au secrétariat de l'Internationale communiste, devenant le second de Dimitrov, il est le seul français cité dans l'Histoire du Parti communiste bolchevique de l'URSS, paru en 1939. Dès août 1936, l'I.C. Le délègue auprès du gouvernement républicain espagnol et il devient le patron des Brigades Internationales. De sa base d'Albaceite, Marty multiplie les exigences envers « ces Messieurs de Paris ». On lui colle à la peau le surnom de « bourreau d'Albaceite » pour les multiples exécutions qu'il a ordonnées. De 1939 à 1943 il est en URSS, au secrétariat de l'I.C. Puis par pour Alger où il devient membre de l'Association consultative provisoire. Il négocie l'entrée de communistes au Comité de Libération Nationale présidé par de Gaulle avant de rentrer à Paris, le 3 septembre 1944. On le trouve rapidement en troisième position de la hiérarchie du par Parti, derrière Thorez et Duclos.

    La chute et l'exclusion

    Si, dès 19747, des traces de mise en cause des orientations politiques de Marty sont visibles, c'est en décembre 1952 que le Comité Central raye Marty de ses rangs et prononce son exclusion. Il est accusé de « travail fractionnel » (ce qui consiste à organiser un deuxième parti dans le parti), refusant de faire son autocritique et enfin soupçonné de complicité avec la presse non communiste qui s'acharne contre le Parti. En quelques jours, il est mis à bas, calomnié, sali.Marty nie évidemment ces accusations mais « l'Humanité ¯ ne publie aucune de ses mises au point.Retiré un laps de temps à Catllar, près de Prades, Marty y vit en compagnie d'une jeune fille qu'il adopte, sa secrétaire, dont le père avait été tué en Espagne. Dépouillé de tout, réduit à l'impuissance, n'existant plus politiquement, il écrit le livre qu'il intitule « L'Affaire Marty », publié en 1955 et dans lequel il développe son argumentation. « Cela prouve, dit-il, que le coup a été monté par les ennemis des travailleurs, non seulement contre ma personne, mais surtout contre le mouvement révolutionnaire français ». Atteint d'un cancer du poumon, André Marty décède à Toulouse, le 22 novembre 1956. A plusieurs reprises, des tentatives de réhabilitation seront lancées, sans succès.

    Article paru dans La Semaine du Roussillon


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