• Le Canal d'Elne (el Rec d'Elna)

    Du Moyen-Âge à nos jours, un ouvrage d'art méconnu, un patrimoine à trois facettes historique, économique et environnementale.

     

    Un canal millénaire

    Souvent ignoré ou craint, le Canal d'Elne (el Rec d'Elna) est pourtant un ouvrage d'art qui joue un rôle positif dans notre territoire depuis près de 1000 ans ; un ancien canal est en effet attesté depuis le Xème siècle. C'est cependant en 1184 qu'il acquiert son tracé actuel : environ 17 kilomètres en cumulant les 2 branches qui traversent 4 communes : Ortaffa, Elne, Latour-bas-Elne et Saint-Cyprien. Sa prise d'eau est alors fixée sur le Tech à Ortaffa grâce à une retenue d'eau sur la rivière (una resclosa). Cette année-là, le seigneur d'Ortaffa accorde « à Dieu, à Sainte-Eulalie, à l'évêque et seigneur d'Elne, au cierge et à la communauté des habitants », la concession de l'eau du Tech. Cette eau est attribuée exclusivement à Elne, même si, bien plus tard, Latour-bas-Elne et Saint-Cyprien pourront également en bénéficier, mais la nuit seulement.

     

    Les 3 vocations historiques du canal

    Tout d'abord moteur de l'économie industrielle et agricole, le canal d'Elne a transformé le bassin d'Elne en un territoire arrosé par un réseau de canaux et ruisseaux (el ragatiu o regadiu) luxuriant. Le premier objectif du canal a été le fonctionnement des 7 moulins, à huile, à farine ou drapiers situés sur son parcours ; ces moulins existent toujours. La seconde vocation est agricole, essentiellement à partit du XIXème siècle lorsque se développe la culture intensive des primeurs qui fera la richesse et la renommée de ce terroir. Le canal arrose alors 1120 hectares ; il est le 3ème du département et le 1er sur le Tech. De cette époque date de la création Syndicat des jardiniers d'Elne et du premier marché de gros (1896). La troisième vocation de ce canal, conjointement avec les 2 autres, a toujours été l'écoulement des eaux de pluies.

     

    Les gestionnaires du canal

    Le canal est d'abord géré par les meuniers jusqu'au XIXème siècle puis par les jardiniers constitués en syndicats d'irrigants, une Association Syndicale Autorisée (ici pour gérer un canal) (ASA). Le garde du canal qui régule aussi les vannes (le banner) en est une des principales figures ; autrefois chargé de la police de l'eau, il actionne les vannes, régule et surveille le parcours de l'eau. Jusqu'au milieu du XXème siècle, un secrétaire du Syndicat distribue l'eau à tous les ayants droit à la minute près ! Avec le déclin de l'agriculture et l'arrivée de nouvelles méthodes d'irrigation, la perte progressive des us et coutumes du canal a conduit le syndicat en 1997 à transmettre à la mairie de Elne sa gestion.

     

    Un canal menacé

    Depuis des siècles, l'ingéniosité et le labeur de nos ancêtres ont transformé le Roussillon en un territoire arrosé par un réseau de canaux et ruisseaux (une huerta, la plus célèbre est « L'Horta de València ») verdoyant grâce à un dense réseau de canaux et ruisseau (agulla) ou une prise d'eau sur le canal principal mais aussi, par extension, un ruisseau qui naît directement du canal (un ull) amenant l'eau loin des fleuves pour étendre ses bienfaits à une grande partie du territoire ; ce faisant, ils drainent aussi le surplus d'eau des pluies parfois torrentielles si caractéristiques de nos régions. Cet ensemble a sculpté nos paysages et a donné l'identité à nos terroirs.

    Aujourd'hui, les canaux voient leur existence menacée par des restrictions drastiques imposées par de nouvelles directives. Ce serait une erreur de dissocier nos fleuves des canaux avec lesquels ils forment un ensemble complexe de diffusion d'eau qui permet à la fois l'alimentation des nappes phréatiques et le maintien de la biodiversité. D'un point de vue écologique, on ne peut réduire l'intérêt des canaux à leur seul usage agricole. La rive gauche de la basse plaine du Tech, dont le vaste territoire d'Elne est au centre, est traversée par cette « coulée verte » avant l'heure. Elle garantit la qualité de la vie de ses habitants et attire aussi de nombreux visiteurs. A nous de savoir comprendre, aimer et défendre ces canaux comme celui d'Elne et d'en faire, par des aménagements bien pensés, un atout pour le développement durable, dès aujourd'hui et pour le futur.

     

    Le Canal d'Elne (el Rec d'Elna)

     

    Légende :

    Les prises d'eau et les ruisseaux (ulls et agulles) : Chaque prise d'eau (ull) donne naissance a un ruisseau du même nom.

    1 – Ull d'en Bo

    2 – Ull del Moli nou

    2a – Ull de nit

    3 – Ull d'en Beltran

    4 – Ull d'en Berges

    5 – Ull de Cotlliure

    6 – Ull de la Sangnia

     

    Les moulins (chaque moulin peut avoir plusieurs noms)

    A – El Moli nou (1534)

    B – El Moli d'en Bertran (d'en reyners) XIVème siècle

    C – El Moli d'en reig XIVème siècle

    D – El Moli d'en Berges (de les Pipes) XIVème siècle

    E – El Moli d'en Brossa « Brousse » (d'en Danot) XIVème siècle

    F – El Moli d'en Torné XIVème siècle

    G – El Molinas

     

    Les ruisseaux d'écoulement (à ne pas confondre avec les ruisseaux d'arrosage !)

    La Rovina « Roubine »

    La Font d'en Pomer

    Les Aigues vives

    El Ginjoler

    L'Agulla cabdal

    terra dels avis

    Patrimoine agricole et rural du Roussillon

    terradelsavis@gmail.com

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